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Yann Anoko: « Certaines villes commencent à relever le niveau de leur parc hôtelier »

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Yann Anoko, directeur général de Seme Beach Hotel et président régional du SPIHT
Yann Anoko

« Certaines villes commencent à relever le niveau de leur parc hôtelier »

Le directeur général de Seme Beach Hotel et président régional du SPIHT (Syndicat patronal des industries de l’hôtelerie et du tourisme) dans le Sud-Ouest revient ici sur les difficultés des hôteliers après 13 mois de crise dans la partie anglophone et plaide pour un soutien de l’Etat.

Monsieur le président, quelle est la situation de l’industrie hôtelière et du tourisme dans le Fako et le Sud-Ouest ?

Si nous prenons l’aspect infrastructures, nous avons une bonne centaine d’établissements hôteliers qui sont capables de répondre à toutes les formes de demandes, c’est-à-dire des hôtels d’une étoile jusqu’à quatre étoiles. Nous n’avons pas d’hôtels classés au-delà. Sur le plan de la gestion et de l’actualité, il faut dire qu’après un an de difficultés et de tensions, y compris de discussions sur le plan social, nous ressentons une forte baisse, du point de vue de l’activité touristique. Et aujourd’hui, à travers le lancement de la saison touristique 2017/2018, on a voulu montrer que les hôtels sont toujours intacts, que les sites touristiques y sont toujours disponibles et ouverts, accueillants… Et donc, que les touristes peuvent valablement se balader sans aucune inquiétude. Hier (samedi 11 novembre 2017, Ndlr), j’ai reçu un groupe de 08 Français venant de Kribi et qui, demain (lundi 13 novembre 2017, NDLR) vont aller du côté de Penja, dans le département du Moungo. Partis de Yaoundé, ces 08 touristes sont en train de circuler à travers le Cameroun sans aucune difficulté. Et s’il y a des contrôles le long des routes, ce sont des contrôles qui vont justement rassurer les voyageurs et les touristes de la prise en compte du volet sécuritaire par l’Etat.

Après une année difficile, quel est aujourd’hui le taux de remplissage des chambres d’hôtels ?

Il est inférieur à 10%. Et ça, c’est très inquiétant. Nous pensons qu’il va remonter. Si je vous dis qu’il se situe autour de 10%, cela signifie qu’il y a des jours où c’est 1%. Et donc, nous avons l’intention d’écrire au directeur général des Impôts, au ministre des Finances, mais également au ministre de l’Economie, pour qu’ils prennent en compte la situation économique et financière des hôtels, pour que cela ne leur échappe pas. Et qu’ils soient bien conscients que ce sont un certain nombre d’emplois qu’il faut garantir et qu’il faut sécuriser. Le Minepat est toujours disponible, mais il faut qu’il travaille en synergie avec ses collègues des Finances, et particulièrement des Impôts pour que cela soit rapidement pris en compte. Avant que les administrations locales ne viennent fermer un certain nombre d’établissements.

Quel est le poids économique du parc hôtelier dans le Sud-Ouest ?

Je pense qu’il appartient à l’administration du Tourisme de donner ces chiffres. Je n’ai pas en ma position des données exactes. C’est chaque promoteur qui peut savoir ce qu’il a investi et les emplois créés. Mais c’est assez important. Au regard des perspectives passées avec la CAN 2016 et futures avec la CAN 2019, il y a énormément d’investissements. Vous avez dû le voir sur la route, en venant ici. Il y a d’autres hôtels en préparation d’ouverture. Et donc, cela fera une région très agréable. Mais également, qui va permettre le développement du tourisme. Vous savez que si un hôtel de 100 chambres n’a pas un homologue dans une autre région, avec le même standard, il ne peut pas accueillir de groupes ; parce que les groupes se déplacent de villes en villes. Et il faut donc que les tours opérateurs, qui sont des professionnels du tourisme à l’étranger, puissent faire des réservations dans des hôtels qui sont du même standing avec la capacité dont ils ont besoin. Et aujourd’hui, quand je vois des ouvertures d’hôtels à Bafoussam, je me réjouis pour mon activité. C’est paradoxal de dire qu’un concurrent va ouvrir et je me réjouis de cela, mais oui ! Je me réjouis de la qualité des ouvertures d’hôtels au Cameroun qui vont me permettre de valider le tourisme dans ma région, mais également de valider le tourisme dans d’autres régions et permettre au tourisme de s’épanouir au plan national. Vous savez que les Américains viennent en moyenne pour trois semaines. Quand ils quittent leur contient et qu’ils arrivent en Afrique, ils font trois pays en trois semaines, et il faut donc qu’ils trouvent des infrastructures hôtelières disponibles.

A moins de deux ans de la CAN 2019, peut-on dire que Limbé est une ville prête ?

Limbé est une ville prête, sur le plan des infrastructures, mais il faudrait qu’on puisse trouver le même standing dans d’autres villes. Et notamment à Bafoussam et Bertoua, pourquoi pas… Vous comprenez qu’il y a des disparités. Il y a des villes qui commencent à relever le niveau de leur parc hôtelier, mais il va y avoir encore des disparités. On peut faire du tourisme à Bafia, mais il faut des hôtels. Et pour le moment, ce n’est pas encore le cas. Si on veut faire du tourisme par exemple à Penja et à Njombé, vous n’allez pas par exemple trouver des hôtels de plus de 20 chambres. Et vous allez donc vous rendre compte que là, ça devient une difficulté. Il faudrait donc que l’administration du Tourisme pense à informer les promoteurs des régions dans lesquelles il y a encore des disponibilités pour ouvrir des hôtels de grandes capacités ; pour qu’on ne se retrouve pas avec une dizaine d’hôtels à Yaoundé et Douala, et peu dans les régions. Parce que le touriste, il va dans les régions et pas tellement dans les capitales. Il atterrit à Douala et à Yaoundé, mais après il a besoin de se déplacer. Garoua, par exemple, est en train de prévoir une ouverture d’un hôtel de 100 chambres. Voilà des choses qui sont très intéressantes.

Vous restez donc très optimiste quant à l’avenir de votre secteur d’activité…

Tout à fait. Je vais vous dire par exemple qu’il y a une discipline sportive qui nous permet, à certains moments, de bénéficier de la clientèle internationale : c’est le cyclisme. Aujourd’hui, le cyclisme a deux grands événements internationaux : le Grand Prix Chantal Biya et le Tour cycliste du Cameroun, qui accueillent en moyenne une dizaine d’équipes étrangères. Il y a aussi un événement en préparation qui est la Coupe d’Afrique des nations du cyclisme avec 16 pays et qui aura lieu fin janvier 2018 au Cameroun. Donc, ce sont des événements qui vont nous donner une véritable bouffée d’oxygène. Il n’y a donc pas que le football. D’autres sports existent aussi. Le championnat de karaté qu’a récemment abrité Yaoundé est aussi un exemple à citer. Et c’est donc ce type d’événement qui renforce la synergie entre le sport et le tourisme.

Avec les messages d’apaisement dans les régions anglophones, les hôteliers renouent-ils progressivement avec l’affluence ?

On commence à recevoir des bons de commandes et des appels. Notre communication est en train de passer auprès de notre clientèle. Nous allons continuer à le faire, avec votre aide, pour rassurer les populations, les clients, les ambassadeurs, etc, qu’aujourd’hui le climat est apaisé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et que les choses reprennent dans le secteur du tourisme.

Propos recueillis par Joseph Roland Djotié