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Valsero : « On ne règle pas les problèmes de désespoir avec des slogans »

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L'artiste Valsero

De son vrai nom Serval Gaston Abe, Valsero est un artiste engagé  qu’on ne présente plus au Cameroun. Il est auteur de l’album « Politikement instable » sorti en 2008. En 2010 et 2011 sortiront successivement « Autopsie » et « L’appel du peuple ». Il vient de lancer le concept « We are all migrants » pour sensibiliser les jeunes contre les dangers des migrations irrégulières. Dans l’entretien qui va suivre, le président de l’association Our destiny parle également de la célébration de la fête de l’unité nationale dans un contexte marqué par ce qu’il convient d’appelé désormais la crise anglophone. Entretien.

Valsero vous avez toujours fait de la musique pour défendre des causes. Depuis quelques semaines, tu utilises la musique pour sensibiliser les jeunes contre les dangers des migrations irrégulières. Parlez-nous du Concept « We are all migrants »

Pour restituer les choses dans le contexte, il faut dire qu’en ce moment, nous sommes sur une campagne qui est portée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui traite des dangers liés aux migrations irrégulières. Et dans le cadre de cette campagne justement,  l’association Our destiny que je préside en partenariat avec l’Union européenne mène sur le terrain des campagnes de sensibilisations de la jeunesse contre les dangers liés aux migrations irrégulières. Mais Our destiny voit un peu plus large dans cette campagne parce qu’il s’agit d’attirer l’attention des jeunes à travers des slogans comme « je ne mourrais pas dans le désert », « je ne mourrais pas dans la méditerranée », « je veux prendre de bonnes décisions dans ma vie ».

Aussi la Campagne  vise à dire aux jeunes qu’on peut utiliser le peu qu’on a pour s’en sortir. Nous interpellons aussi l’être humain parce que comme je dis toujours, ce n’est pas la mer qui part prendre des gens dans leur maison. Il y a un mécanisme humain qui fait que les êtres humains se trouvent traités comme des animaux par d’autres êtres humain et je pense qu’il faut que ça cesse. Avec Our destiny, nous interpellons la société occidentale pour dire que  nous sommes tous migrants. Mais que c’est la façon de migrer qui fait la différence. Il faut qu’on arrête la stigmatisation.

Et pourquoi sensibiliser à travers la musique ?

Nous sensibilisons à travers la musique parce qu’elle a une approche émotionnelle assez forte. La musique à un impact dans le changement des mentalités. C’est un bon moyen de mobilisation, de sensibilisation. Mais surtout, la musique touche un maximum de personnes. Quand vous avez sorti la musique dans le contexte de divertissement dans lequel il est plongé au Cameroun, pour le mettre dans un contexte de développement, vous voyez toutes les possibilités d’influence qu’elle peut avoir. Il faut dire qu’utiliser la musique pour passer le message est complémentaire aux autres approches. Parce que sur le terrain, il y a des campagnes directes, des communications interpersonnelles, des spots tv et radio qui sont utilisés pour appeler les jeunes à tourner le dos aux migrations irrégulières.

Qu’est-ce qu’il faut justement faire pour arrêter ou réduire les migrations irrégulières au Cameroun ?

Je pense que le combat n’est pas celui de faire arrêter les migrations mais de faire améliorer les conditions de migrations. Parce que  les jeunes camerounais doivent voyager, ils doivent voir le monde, bouger et sentir comment ça bouge. Bref ils ne doivent pas rester enfermés. C’est ce qui accompagne le déplacement qui pose problème. Voyager c’est bien. Mais voyager en sécurité c’est encore mieux. Ce qui fait problème est que les camerounais ne vont pas en conquérant mais ils vont en rampant pour aller vivre comme des « chèvres ». C’est ça le véritable problème. Tout ceci parce qu’ils sont animés par un sentiment de désespoir. Et on ne règle pas les problèmes de désespoir avec des slogans. Il est temps que le gouvernement commence à donner aux jeunes la possibilité de travailler et de vivre décemment.

Vous avez associé à la  campagne « We are all migrants » le groupe Macase qu’on ne présente plus dans l’univers musical au Cameroun. Quel symbole donnez-vous à cette collaboration ?

La collaboration Valsero et Macase est un symbole d’unité pour défendre la même cause. C’est un symbole de co-création comme pour dire que si on travaille ensemble, l’offre de spectacle au Cameroun peut être meilleure.

Valsero sur scène avec le groupe Macase à Yaoundé pour sensibiliser les jeunes sur les dangers des migrations irrégulières

On sait que la jeunesse ne se limite pas qu’à Yaoundé. Comment allez-vous travailler de manière à toucher les jeunes dans les autres villes ?

Nous sommes des migrants et nous nous assumons. Pour le démontrer, nous allons bouger. On va partir avec le groupe  Macase pour Bertoua dans deux semaines, puis on sera à Kribi. A la fin du mois de juin, on ira à Douala toujours pour sensibiliser les jeunes à travers la musique sur les dangers liés aux migrations irrégulières et sur la nécessité de considéré les migrants comme les êtres humains. Le 26 mai 2018 au lieudit « mini ferme » à Melen, Yaoundé, nous allons également faire un concert grand public et une causerie éducative avec les potentiels migrants qui sont des artistes, des sportifs, des danseurs, bref tous ceux qui ont l’impression qu’il y a qu’à l’extérieur qu’ils peuvent bien pratiqué ce qu’ils sont en train de faire parce que soit disant qu’au Cameroun ça ne paye pas. Ce concert verra la participation de Maalhox, Xzafrane, Izmo et bien d’autres jeunes qui viendront donner leur voix et leur image à cette campagne pour dire attention, ça ne vaut pas la peine de risquer tout ce qu’on a pour aller finir dans la mer ou dans le désert et qu’il y a de forte chance que si on est objectif, on trouvera un moyen de s’en sortir au Cameroun.

Nous allons sortir de cette interview en parlant de  fête de l’Unité qui se célèbre dans quelques jours alors que la crise persiste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Penses-tu que la fête doit être célébrée dans un tel contexte ?

Je suis un peu perturbé parce que la situation du Cameroun n’est pas définissable en un mot. Les gens sont touchés dans leur identité, dans leur appartenance à une communauté. Et c’est difficile de dire qu’on va célébrer la fête de l’Unité nationale  dans un tel contexte. Surtout que c’est notre unité nationale qui est ébranlée. C’est difficile de pouvoir faire la fête alors qu’il y a toute une partie  du pays qui est totalement paralysé. Dire qu’on va célébrer l’Unité nationale cette année serait ignorer les pleurs, la souffrance, les morts, la violence qu’on vit dans les zones anglophones du pays.

Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Je pense qu’il faut s’arrêter pour envoyer un message fort à nos frères et sœurs de la zone anglophone. Et ce n’est pas en faisant la fête, le défilé, en démontrant qu’il n’y a rien, que l’Unité nationale se porte bien qu’on serait en train d’envoyer le message fort. Pour moi c’est un message contraire pour montrer qu’on s’en fou, que l’unité se porte bien et ce n’est pas bon pour notre pays. Je crois que le défilé de l’Unité nationale de cette année doit avoir une autre forme. On doit envoyer un message de réconciliation. L’Unité nationale a pris un coup. Il mérite un colloque, une table ronde, une conférence parce qu’on est touché. On doit reconstruire notre Unité nationale aujourd’hui et non la célébré.

Interview réalisé  par Hervé Fopa Fogang