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Transport aérien: Mafia autour de la vente des billets d’avion au Cameroun

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Le Syndicat national des agences de voyages et de tourisme du Cameroun (Snavtc) dénonce un ensemble de pratiques déloyales des opérateurs basées hors du pays. Une situation à l’origine d’énormes pertes dans ce pan de l’économie nationale.
En zone de turbulence. C’est dans cet état que se trouve le marché de la vente des billets d’avion au Cameroun. Les professionnels de ce secteur dénoncent des pratiques déloyales sous forme « Crossborder ticketing ». Selon les acteurs interrogés dans le milieu, le Crossborder est l’ouvre « des agences de voyages indiennes ». Selon les professionnels des agences de voyage, cette pratique a été introduite au Cameroun par l’agence Satguru. Et aujourd’hui la liste est longue : Weheguru, Manglam, Shivam, Omed voyages, Rêves voyages, Baladji, Nagu travel, etc. Ce sont ces acteurs qui risquent causer le crash sur le marché des billets d’avion au Cameroun.
Suivant les dénonciations du Syndicat national des agences de voyages et de tourisme au Cameroun (Snavtc), « ce qui est encore plus grave, c’est que certaines de ces agences n’ont même pas de licence pour fonctionner au Cameroun ». Sur cette liste des agences illégales, figurent Baladji, Nagu, Shivam. Et les responsables du Snavtc n’arrivent pas à comprendre « comment ces agences travaillent depuis des années sans licence avec de larges panneaux dans les deux principales villes du Cameroun ». Selon les acteurs de la vente des billets d’avion, ces agences de voyages et de tourisme d’origine indienne ont établi un large réseau avec des grandes compagnies aériennes étrangères qui dominent le segment du transport aérien au Cameroun.
Pour réussir ce contrôle du marché de la vente billet sur le territoire nationale, les agences basées hors des frontières nationales utilisent « le Global distribution system (GDS) qui offre leur plateforme pour réserver au Cameroun et émettre les billets à l’étranger ». Parmi les GDS usités, le type Amadeus est celui qui permet de commettre des « crimes économiques » selon les syndicalistes du secteur des agences de voyages et de tourisme. En effet, dans le registre des pertes, les syndicalistes citent « la perte de la clientèle, le chiffre d’affaires qui s’amenuise, les bénéfices qui ont disparu ». Et de souligner que « pendant que les agences nationales ploient sous le coup des charges, celles qui pratiquent le Crossborder engrangent nos impôts et s’enrichissent sans investir au Cameroun ».
Effets du taux de change
Concrètement, le Crossborder est favorisé par un certain nombre de facteurs : le taux de commission discriminatoire, les avantages fiscaux, les taux de change entre autres. Concernant le taux de commission discriminatoire appliqué par certaines compagnies aériennes, l’optimisation fiscale consiste à accorder dans un pays un taux de commission différent d’un autre. Dans ce cas, « certains gouvernements qui refusent que les compagnies aériennes transforment leur population en esclaves demandent l’application des taux de commission qui permettent aux agences de voyages de survivre » explique-t-on au sein du Syndicat des agences de voyages et de tourisme du Cameroun. A titre d’illustration, l’on apprend par exemple qu’au Gabon, certaines compagnies aériennes donnent 9 voir 11% de commissions aux agences alors qu’au Cameroun, ces mêmes compagnies aériennes appliquent un taux de commission de 1% et veulent même tendre vers 0%. C’est cette situation qui motive les agences ayants des bureaux dans ces pays à réserver puis encaisser au Cameroun et émettent finalement les billets ailleurs à les taux sont plus avantageux.
Alors que la vente des billets d’avion prend du plomb dans l’aile, le Syndicat national des agences de voyages et de tourisme du Cameroun soutient qu’une autre cause de perte de ressource est identifiée au niveau du taux de change pour les pays n’ayant pas la même monnaie. « Ainsi, une agence ayant un bureau au Nigeria par exemple aura tendance à faire émettre ses billets à Lagos pour gagner beaucoup d’argent. Or cette pratique est illégale et dangereuse » renseignent les syndicalistes camerounais. Et de se demander « comment ces agences font pour transférer des sommes aussi importantes dans ces pays». Et l’impact est telle que les agences nationales qui ont investi il y a une dizaine d’années dans le tourisme au Cameroun en construisant des hôtels, des circuits touristiques, etc. éprouvent des difficultés qui se traduisent par la réduction des effectifs, les menaces de fermeture « alors qu’aucune agence indienne n’investit au pays » déplore le Syndicat des agences de voyages et de tourisme du Cameroun.
Pierre Nka