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Produits ferreux: Tension entre  fabricants et distributeurs locaux

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Le syndicat regroupant les entreprises de distribution des produits ferreux (Syndimac) pointe un doigt accusateur contre les fabricants locaux des  matériaux de construction qui, selon lui, se livrent à des pratiques anticoncurrentielles.

Selon le Syndicat national des importateurs et distributeurs des matériaux de construction et d’équipement du Cameroun (Syndimac), l’Etat a, dans sa stratégie de relance la croissance (loi de 2013 fixant les incitations fiscales), accordé d’importants avantages fiscalo-douaniers aux  nouveaux investissements (et notamment étrangers), lésant au passage les entreprises locales qui ont cru au Cameroun malgré la crise économique de la fin des années 1980. Cette discrimination est aujourd’hui palpable dans le secteur de la production et de la distribution des produits ferreux où une poignée d’investisseurs étrangers et locaux font la pluie et le beau temps. Le Syndimac n’a pas manqué de l’indiquer lors de la rencontre entre les acteurs des secteurs public-privé, relative aux problèmes rencontrés dans la commercialisation des produits ferreux de construction. C’était jeudi dernier à Douala à la Chambre de Commerce. « Les producteurs locaux, essentiellement un cartel étranger, qui sont nos partenaires fournisseurs, profitent des avantages de leurs cahiers de charges pour effectuer tous genres des abus ;  que ce soit dans le non-respect des normes de produits ou dans la fixation des prix planchers sur les produits dont ils ont l’exclusivité d’approvisionnement du marché », déplore  le secrétaire exécutif du Syndimac, Nestor Nemandeu.

En tant que distributeurs des produits ferreux issus de la fabrication locale, les membres du Syndimac font face  à plusieurs pratiques « blâmables » qui minent la saine concurrence qui devrait profiter aux investisseurs immobiliers et aux Camerounais moyens qui aspirent à bâtir une maison pour loger leur famille. « Il y a parmi ces pratiques, l’interdiction d’importation des fers à béton, alors même que plusieurs références comme les fers de 25 et 32 ne sont pas fabriqués localement et sont uniquement importés par le cartel étranger ; la création d’un cartel entre les producteurs locaux qui fixent des prix arrangés sur les fers à béton pour s’auto-protéger et partager le butin qu’ils tirent de leur marché réservé ; l’augmentation injustifié des prix de vente par ces fournisseurs , alors que les avantages fiscalo-douaniers exorbitants relatifs à leurs cahiers de charges restent en vigueur ; le non respect des standards et des normes de production qui, d’une part, trompent le consommateur sur les dimensions , et d’autre part, entraînent des rejets des produits par les professionnels qui les jugent inappropriés au regard de leurs exigences techniques », déclare Nestor Nemandeu.

L’Etat perd 9 milliards de droits de douane entre 2012 et 2014

Par ailleurs, les Camerounais  présents dans la  fabrication et la fourniture des matériaux de construction de certaines gammes de produits ferreux et assimilés,  se voient imposés des taux plus élevés sur les valeurs mercuriales fantaisistes ;  pendant qu’une poignée d’investisseurs étrangers et locaux bénéficient des droits de douane à taux zéro. Une étude a, apprend-on,  relevé que la Douane perd des milliards de recettes  du fait de l’augmentation des parts de marché du « cartel ».  « Tandis que Sorepco et Bernabé ont payé des droits indus d’une valeur de 400 millions de FCFA entre 2012 et 2014, Prométal et les Aciéries ont empoché 9 milliards de FCFA appartenant à l’Etat sur des produits importés (profilés, cornières et tôles en acier) d’une valeur de 27 milliards de FCFA », explique un membre du Syndimac.

A en croire ce dernier, les avantages accordés aux concurrents leur permet d’importer certains produits finis qu’ils revendent sans transformation, « ce qui aboutit par la suite à la chute des prix sur le segment des produits prioritairement fabriqués par les Camerounais », souligne Nestor Nemandeu, déplorant le refus des pouvoirs publics d’accorder au Syndimac les mêmes avantages accordés aux concurrents.

Joseph Roland Djotié