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Notation: Le risque politique au Cameroun inquiète les investisseurs

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Le flou persistant sur l'alternance à la tête de l'Etat et où la candidature de Paul Biya préoccupent les milieux d'affaires

Selon le dernier rapport d’analyse des risques pays que vient de publier la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), la situation sécuritaire à l’Extrême-Nord, la crise anglophone et l’élection présidentielle accentuent ce risque.

La situation politique du Cameroun est préoccupante pour les milieux d’affaires. C’est du moins ce qui ressort du rapport 2018 de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface). Il s’agit d’une évaluation annuelle qui mesure comment le comportement de paiement des entreprises est influencé par les perspectives économiques, financières et politiques des pays, ainsi que par l’environnement des affaires. Pour l’édition 2018 de ce rapport très attendu par les décideurs et investisseurs, les analystes du Coface se sont penchés sur le climat sociopolitique et économique de 160 pays. Et selon le document édité par cette société d’assurance-crédit dont la mission est de protéger les entreprises d’éventuels impayés, le risque politique du Cameroun est «  accru » pour l’exercice 2018. Le pays de Paul Biya logé au niveau C, se trouve au bas de cette l’échelle d’évaluation qui en compte huit au total. Selon les experts de l’organisation européenne basée en France, les perspectives économiques et financières du Cameroun sont « très incertaines ». Le contexte politique « peut-être instable et l’environnement des affaires comporte d’importantes lacunes ». De plus, « la probabilité moyenne des défauts des entreprises est élevée ».

Parlant de la probable instabilité politique du Cameroun, le rapport aborde dans des termes à peine voilés, l’alternance à la tête de l’Etat. « Au pouvoir depuis novembre 1982, Paul Biya, 85 ans, n’a pas dévoilé s’il comptait concourir à un septième mandat consécutif de président en octobre 2018 », note la Coface. Et d’ajouter : « dans l’hypothèse où le président choisissait, ou était contraint, de se retirer, aucun candidat ne semble émerger clairement au sein du parti de M. Biya, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) ». Cette situation est d’autant plus inquiétante que l’opposition semble fragmentée. « Avant même que le candidat du premier parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF) ne soit connu, une dizaine de candidatures est déjà annoncée », lit-on sur le document. Et même la candidature d’Akéré Muna, avocat et fils de l’ancien Premier ministre Salomon Tandeng Muna, n’arrangerait pas les choses du point de vue de la Coface. Bien au contraire, cette candidature « pourrait affaiblir le SDF », commente le rapport.

Crises anglophone et sécuritaire

La situation de crise qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est également soumise aux grilles d’analyse des experts de la Coface. Les violences signalées dans ces régions anglophones depuis 2016 « accentuent les enjeux autour des élections présidentielles et législatives d’octobre prochain », observe le rapport. Pour la Coface, cette crise qui se caractérise par « une mobilisation d’une minorité linguistique animée par un sentiment de marginalisation politique et économique croissant », constitue « une menace à la stabilité politique et sécuritaire du Cameroun ». Cette menace vient malheureusement s’ajouter à celle que représentent « les incursions, encore régulières en 2017, de Boko Haram, groupe terroriste islamiste, au Nord du pays ». Si l’activité économique, essentiellement concentrée au Sud du pays, n’est, pour l’heure, pas affectée, la situation humanitaire est préoccupante. De plus, ce risque politique accru pourrait peser sur la perception de l’environnement économique qui souffre déjà d’un environnement institutionnel et réglementaire peu favorable au développement du secteur privé, comme en témoigne son 163e rang (sur 190) dans le classement Doing Business 2018.

Baudouin Enama