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Normalisation de la Fecafoot: Me Dieudonné Happi, l’anti-Joseph Owona

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Nommé le 8 septembre pour normaliser la Fédération camerounaise de football, cet avocat cultive son style dans la discrétion, essuie des critiques et se garde de tomber dans les mêmes pièges que son prédécesseur.

Pour le match sans enjeu que les Lions indomptables vont livrer samedi 11 novembre prochain contre les Chipoloplos de la Zambie, les joueurs et les encadreurs de l’équipe nationale percevront leurs primes par virement bancaire. Pour qui connaît l’environnement des Lions, vicié pendant longtemps par une circulation de l’argent liquide, ce changement aura le mérite de juguler des mauvaises pratiques comme la distraction des primes, le trafic des sélections et un manque de concentration des joueurs dû à la possession d’argent frais. Cette décision de Dieudonné Happi ne fait pas l’objet de publicité, dans le pur style de discrétion que cet avocat de 66 ans veut imprimer pendant son mandat de président du comité de normalisation de la Fecafoot. C’est le manque de discrétion qu’il a reproché au joueur Toko Ekambi, au team manager Alphonse Tchami et à l’entraîneur Hugo Broos quand il leur a servi une demande d’explication, suite à la polémique concernant ce trio sur un problème de sélection et mise sur les réseaux sociaux. « Ce genre d’incompréhension peut arriver, elle n’a rien à faire sur la place publique », justifie un proche.

Moins on en dit, mieux cela vaut est la ligne de conduite, qui explique que Me Dieudonné Happi n’ait accordé, depuis sa nomination le 8 septembre, aucune interview, en dehors des propos de circonstance captés par la presse au cours de ses sorties. La rupture donc avec l’ancien comité de normalisation présidé par Joseph Owona, qui a eu le destin qu’on sait. Un deuxième échec à la Fecafoot serait fatal au football camerounais. Me Happi ne fera donc pas l’erreur de garder le secrétaire général de la Fecafoot recruté par Tombi à Roko Sidiki, Blaise Moussa, ni d’ailleurs le directeur de cabinet, Faustin Mbida, tous les deux remis à leur administration d’origine. « Owona avait gardé Tombi à Roko Sg de la Fecafoot, on a vu ce qui est arrivé par la suite », témoigne un habitué de Tsinga. Blaise Moussa dira : « J’ai discuté en gentleman avec Me Dieudonne Happi sur ma position symbolique au regard de la nécessaire neutralité au cours de la normalisation du football camerounais ». Ce seront les deux seuls départs enregistrés contre aucun nouveau recrutement. Ce qui annihile les accusations de chasse aux sorcières brandies par quelques-uns.

Me Dieudonné Happi a aussi été attaqué sur les nominations opérées, le 29 septembre, dans certaines commissions, où il a été taxé de tribalisme. Une critique qui fait sourire dans l’entourage de cet avocat, originaire de l’Ouest, qui s’est installé dès 1985 à Maroua, capitale de la Région de l’Extrême-Nord. Il aura passé 30 ans dans le quartier de Pitoaré, où il aura appris à parler couramment le foufouldé. Ce qui lui vaudra d’être portraitisé dans le livre « Bienvenue à l’Extrême-Nord – Radioscopie d’une province et ses personnalités incontournables » des journalistes Aimé Robert Bihina et Eric Benjamin Lamere. Dans les nominations revues au sein du Comité d’organisation de la CAN (Cocan) après l’institution du comité de normalisation, huit des quinze membres choisis par la Fecafoot sont anglophones.

Quoi qu’il en soit, on peut observer que Me Dieudonné Happi bénéficie d’une baraka indéniable. Depuis son arrivée au comité de normalisation, les équipes nationales du Cameroun ont aligné de bons résultats, bien que les Lions indomptables séniors aient déjà été éliminés de la coupe du monde Russie 2018. Mais le plus grand match que cet avocat doit livrer est celui de restaurer l’ordre légitime à la Fecafoot. Il n’a plus que quatre mois pour réviser les textes et organiser des élections incontestables, acceptées par toutes les parties. En revanche, les relations avec la CAF ont commencé à se normaliser après le coup de chaud d’août, quand Ahmed Ahmed avait pronostiqué le retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun. Le président de la CAF est revenu à de meilleurs sentiments, cooptant cinq Camerounais dans les commissions permanentes de l’instance faîtière du foot africain.

Même s’il a des vents favorables actuellement et résiste au « fractionnisme » (l’expression est d’Owona Nguini pour désigner la logique permanente des camps) en vigueur à la Fecafoot, il n’a pas encore gagné le pari qui s’offre à lui. Ce que les proches de Me Dieudonné Happi soutiennent malgré tout est qu’il jouera le jeu jusqu’au bout. Il se dit juge impartial et intègre d’un processus électoral dont seul le meilleur gagnera. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Parfait N. Siki

Retour à la case-départ: Une année de football blanche

Le retour aux exécutifs de 2009 au sein de la Fecafoot suscite un vif débat sur la validité de tous les actes posés par Tombi à Roko dont l’élection en septembre 2015 n’a pas été légitimée. Les « pour » et les « contre » s’affrontent.

L’une des principales conséquences de la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne en Suisse, qui rend applicable le verdict de la Chambre de conciliation et d’arbitrage (CCA) du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc) est la réhabilitation des exécutifs de 2009 de la Fecafoot. En effet, la CCA avait annulé le processus électoral de la Fecafoot mené du 28 août au 28 septembre 2015 et qui avait abouti à l’élection du bureau conduit par Tombi à Roko Sidiki. Son verdict était intervenu dès le 12 novembre 2015. Nommé président du comité de normalisation par la Fifa à la suite de cette sentence du TAS du 27 février 2017, Me Dieudonné Happi a rappelé les exécutifs en poste en 2009. « Les conseils et bureaux régionaux et départementaux ont pour mission de gérer les affaires courantes de ces ligues », a souligné le président du comité de normalisation dans un communiqué publié le 4 octobre dernier.

Maintenant se pose la question de la validité des actes posés par le bureau exécutif de la Fecafoot conduit par Tombi à Roko entre le 28 septembre 2015 et le 23 août 2017, date de la mise en place d’un comité de normalisation par la Fifa. Deux thèses s’affrontent à Tsinga et chacune avec de fervents supporteurs. La première est favorable à une annulation de toutes les décisions prises par Tombi à Roko et son équipe. Cette thèse a pour conséquence la prononciation de deux saisons blanches pour le football camerounais. Une équipe comme le Canon de Yaoundé, promise à la Ligue 2, pourrait en être bénéficiaire, car la saison en cours serait alors invalidée.

L’autre camp est favorable au principe de la continuité. Les défenseurs de la poursuite de l’héritage de Tombi à Roko invoquent la théorie des droits acquis : ce n’est pas la faute de ces équipes, des prestataires, des employés, des contractants si Tombi à Roko est resté deux ans sans légitimité à la tête de la Fecafoot. Il y a par ailleurs le fait incontestable que Tombi a bénéficié de la théorie de l’apparence, reçu ex officio au palais de l’Unité par Paul Biya, à la CAF et à la FIFA. Enfin, deux saisons blanches pourraient avoir des conséquences socio-politiques imprévisibles. Ce que personne ne souhaite.

Le comité de normalisation regarde avec un intérêt certain cet échange d’arguments mais n’a pas encore tranché.

PNS.