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Nécrologie : Les hommages de la communauté internationale à Kofi Annan

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La mort du tout  premier secrétaire général de l’Organisations des Nations unies (ONU)  issu de l’Afrique noire  le 18 août 2018 a bouleversé des hautes sphères diplomatiques et les chancelleries d’où sortent des témoignages à l’endroit de cet « apôtre de la paix ».

Kofi Annan n’est plus. L’ancien Secrétaire général des Nations unies (1997-2006) est décédé le 18 août 2018 à l’âge de 80 ans en Suisse. « Il est mort paisiblement » après une « brève maladie » a affirmé l’entourage du disparu dans un communiqué. Dès l’annonce de la disparition de Kofi Annan, les dirigeants du monde ont salué à l’unanimité  la mémoire et le parcours terrestre du diplomate. A commencer par le Ghana son pays natal où le président Nana Akufo-Addo a décrété une semaine de deuil national à compter du 20 août 2018.  « Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », a déclaré le président ghanéen.

Pour Paul Biya, le monde perd un  fin et patient négociateur

Toujours en Afrique subsaharienne, l’histoire de Kofi Annan est liée au conflit Cameroun-Nigeria au sujet de l’affaire Bakassi. C’est bien le diplomate devenu citoyen du monde qui était parmi les signataires avec l’ancien président du Nigeria Olusegun Obasanjo et le président Paul Biya de l’accord de Greentree le  12 juin 2006. Ceci en présence de quatre Etats témoins à savoir, les Etats-Unis, la République Fédérale d’Allemagne, la France, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.  L’accord de Greentree s’inscrivait en effet en  droite ligne des pourparlers engagés par le Cameroun et le Nigeria sous l’égide des Nations unies en vue de la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) du 10 octobre 2002, sur l’affaire du différend terrestre et maritime, reconnaissant la souveraineté du Cameroun sur la péninsule de Bakassi.

Ainsi dans un télégramme officiel adressé à Nana Akufo-Addo le 20 août 2018, Paul Biya souligne que Kofi Annan aura marqué l’ONU et le monde de son empreinte de fin et patient négociateur dès lors qu’il fallait servir la cause de la paix. « Je garde de lui le souvenir d’un homme de dialogue, épris de justice et de paix. Il aura notamment apporté une contribution précieuse à la volonté commune du Nigeria et du Cameroun de régler pacifiquement leur différend frontalier », écrit Paul Biya. Et de renchérir que la disparition de Kofi Annan laisse son pays le Ghana, l’Afrique et la communauté internationale orphelins d’un diplomate éminent.

« L’Afrique a perdu un de ses plus beaux joyaux »

Le décès de  Kofi Annan n’a pas laissé indifférent Akinwumi A. Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD). Pour lui, Annan était un mentor et un père. Il était  une icône mondiale et un homme de paix qui soutenait fermement la bonne gouvernance et le sens des responsabilités des dirigeants. « Son humilité et son sens de la décence peu communs, son altruisme et sa compassion en ont fait un joyau pour toute l’humanité », écrit le président de la BAD. Aussi, Akinwumi A. Adesina ajoute : « il a co-présidé, avec beaucoup de rigueur, le Groupe de haut niveau composé de dirigeants mondiaux pour soutenir la Banque africaine de développement dans ses efforts visant à accélérer le développement de l’Afrique. En tant que Secrétaire général des Nations Unies et tout au long de sa carrière, M. Annan a permis au continent africain de s’imposer mondialement. L’Afrique a perdu un de ses plus beaux joyaux. Ses paroles riches en sagesse nous manqueront ».

« Kofi Annan était les Nations unies »

Toujours dans le registre des hommages, Antonio Guterres, l’actuel Secretaire général de l’ONU a déclaré : « De bien des manières, Kofi Annan était les Nations unies. Il en a gravi les échelons jusqu’à diriger l’organisation et la faire entrer dans le nouveau millénaire avec une dignité et une détermination sans égales ». Pour le président français Emmanuel Macron, l’illustre disparu était un  infatigable et ardent partisan du dialogue, de la paix et du multilatéralisme. « il avait continué ces dernières années à se battre pour la justice, la paix et le développement aux quatre coins de la planète, à travers ses activités au sein de l’organisation mondiale contre la torture, parmi le comité des Sages créé par Nelson Mandela, pour des missions de l’ONU en Birmanie, en Syrie ou en Ethiopie. Très engagé dans l’Alliance pour la révolution verte en Afrique, il avait créé sa propre fondation en 2007 afin de poursuivre ses combats de toujours », affirme Emmanuel Macron.

Il ajoute par ailleurs : « J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises. Je n’oublierai jamais, derrière sa courtoisie et la sagesse tranquille de ses paroles, la fermeté de ses idées ni la puissance de sa conviction ». Pour sa part, la chancelière allemande, Angela Merkel, a dit que la « voix de Kofi Annan va beaucoup nous manquer à une époque où la recherche en commun de solutions aux problèmes mondiaux est plus urgente que jamais ». Le Premier ministre britannique Theresa May fait partie des nombreux dirigeants du monde à avoir  réagi à la mort de la vedette de la diplomatie mondiale.  « C’est triste d’apprendre la mort de Kofi Annan. Grand leader et réformateur de l’ONU, il a grandement contribué à rendre le monde qu’il a quitté un monde meilleur que celui dans lequel il est né. Mes pensées et mes condoléances vont à sa famille », a-t-elle écrit sur Twitter.

Des décennies d’engagement en faveur de la paix dans le monde

Né le 8 avril 1938, Kofi Annan a fait des études supérieures au Massachusetts Institute of Technology avant d’occuper différentes fonctions pour les Nations unies à partir de 1962. En 1993, il est sous-secrétaire général des Nations unies et dirige le département de maintien de la paix. Au cours de cette période, l’ONU connaît deux épisodes tragiques : le génocide rwandais et la guerre en Bosnie. Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Ces échecs, écrit Kofi Annan dans son autobiographie, « m’ont confronté à ce qui allait devenir mon défi le plus important comme secrétaire général : faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme ». Le 1er janvier 1997, Kofi Annan succède à Boutros Boutros-Ghali à la tête de l’ONU. En 2001, le diplomate et les Nations unies reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix pour leur engagement en faveur de la paix dans le monde. « J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits, au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré, en acceptant le prix Nobel, à Oslo.

Hervé Fopa Fogang