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Me Georges Engono: Comment j’ai sauvé l’« immeuble de la mort »

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Avocat et facilitateur dans le projet de réhabilitation de l’immeuble de l’Emergence, il dénonce la mauvaise foi de Mekulu Mvondo et le refus d’Alamine Ousmane Mey de payer ses honoraires, malgré des instructions répétées de la présidence et de la primature.

Quand il parle du dossier de réhabilitation de l’hideux immeuble ministériel n°1, autrefois appelé « immeuble de la mort », Me Georges Engono peut donner l’impression d’être un affabulateur ou un illuminé. Avocat, il ne désespère pas de rentrer en possession de ses honoraires de 400 millions pour son rôle déterminant dans le choix présidentiel de transformer l’« immeuble de la mort » en immeuble de l’Emergence, naguère une plaie architecturale logée au cœur de la capitale du Cameroun. Depuis sept ans, sa silhouette écume les bureaux de la présidence, de la primature et même les prétoires pour qu’il lui soit rendu justice de son intervention salvatrice pour redonner un éclat à la Poste centrale de Yaoundé. A ce jour, il a levé toutes les barrières pour son paiement, excepté celle du ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, qui ne veut rien entendre de cet avocat, malgré une dizaine de relances de la présidence et de la primature. Un vrai cas d’insubordination persistant et impuni, puisque Me Georges Engono attend toujours. Et pourtant…

Le 18 novembre, le président de la République reçoit un courrier peu habituel venant d’avocat. Son objet est décliné : « Mandat pour la recherche des financements pour les travaux de finition de l’immeuble ministériel n°1 situé au rond-point de la Poste centrale (« Immeuble de la Mort »). Me Georges Engono sait comment toucher la sensibilité de Paul Biya. « Afin de permettre à ce boulevard d’être votre vitrine des grandes ambitions en 2011, j’ai l’honneur de solliciter, contre rémunération à convenir, votre très haut accord pour la recherche des financements (par ailleurs disponibles) et le montage juridico-financier pour les travaux de finition de cet immeuble prestigieux », écrit-il dans sa missive. Moins d’un mois plus tard, la réponse arrive par l’intermédiaire du directeur du cabinet civil, Martin Belinga Eboutou, qui exprime à Me Georges Engono le « haut accord » du chef de l’Etat, en mentionnant l’obligation que cette démarche soit encadrée par le Premier ministre et les ministres de l’Economie et des Finances.

En vertu de cette habilitation, Me Georges Engono lance des avis à manifestation d’intérêt. Deux offres attirent son attention : celle de la Caisse nationale de prévoyance sociale, dont le directeur général Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo Akam marque l’intérêt de son entreprise par une lettre adressée à l’avocat le 6 janvier 2010. Et celle d’Afriland First Bank ayant pour directeur général un certain… Alamine Ousmane Mey. « J’avais plusieurs fois été invité par lui pour négocier les conditions de financement de cette opération par sa banque. Nous ne nous sommes pas entendus et l’on peut aisément comprendre aujourd’hui que, devenu ministre des Finances, il ait pris sa revanche… », déclare Me Georges Engono. C’est donc la CNPS qui remporte la mise. Les réunions se succèdent sur ce projet sous la coordination de la primature, à chaque fois en présence de l’avocat régulièrement convié à ces rencontres par le secrétaire général des services du Premier ministre.

En mai 2010, un accord de partenariat est signé avec le gouvernement et la Caisse autonome d’amortissement qui met la CNPS au cœur de ce projet de réhabilitation de l’« immeuble de la mort », qui devient une question d’honneur du président de la République. La CNPS apporte 13,6 milliards de FCFA, mais les fonds seront tirés de la dette de l’Etat vis-à-vis de cette entreprise de prévoyance sociale. A son inauguration en 2013, l’immeuble de la mort aura coûté 14,7 milliards de FCFA, selon le directeur général de la CNPS Mekulu Mvondo Akam. A l’origine du contrat de partenariat, la jouissance de l’édifice réhabilité devait revenir à 50% à cette entreprise, mais l’Etat occupe tout l’édifice et s’est engagé à rembourser 15,7 milliards à la CNPS. Une affaire bien bouclée, sauf les honoraires de l’apporteur de l’affaire.

Le 13 juin 2011, le SGA de la présidence avait demandé au SG/PM d’arrêter le quantum des honoraires de Me Georges Engono. Le 23 septembre, une commission mixte Minfi, Minepat, Mintp, Mindaf et CNPS, présidée par l’attaché Charles Moukoko Njoh, en présence de l’avocat, arrête la somme de 400 millions. Le SGPM jules Doret Ndongo saisit le DG de la CNPS pour exécution le 23 novembre, mais l’entreprise refuse de payer. Ce qui m’a fait sortir de mes gongs, c’est quand, interrogé sur Vox Africa dans Recto verso, Monsieur Mekulu Mvondo a dit qu’il ne me connaissait pas, qu’il me voit passer… », s’énerve Me Georges Engono. Le dossier est envoyé par la primature au Minfi avec instruction de faire payer par la CAA sur le compte de la dette de l’Etat envers la CNPS. Après une première correspondance le 27 mars 2012, une deuxième le 11 juin, une troisième le 24 septembre et une quatrième le 6 juillet, le SGPM Louis Paul Motaze abandonne la partie. Le 10 octobre 2013, c’est le conseiller spécial Touna Mama qui rappelle Alamine Ousmane Mey à son devoir, quelques jours avant le SGA de la présidence Agbor Tabi, le 4 août 2014.

Personne, même la justice, n’arrive à faire payer les 400 millions de Me Georges Engono. Visiblement, il ne les aura pas tant que le ministre des Finances s’appellera Alamine Ousmane Mey.

L’opposition des administrateurs de la CNPS

 Quand une session extraordinaire du conseil d’administration est convoquée le 27 mai 2010 pour autoriser la participation de la CNPS dans le projet de réhabilitation de l’immeuble ministériel n°1, la décision a déjà été prise et médiatisée par le directeur général Mekulu Mvondo et les parties gouvernementales impliquées. Ce qui a le don d’énerver les administrateurs, qui se rappellent avoir rejeté un plan d’investissement du DG, présenté au cours d’un conseil d’administration ordinaire le 17 décembre 2009. Mekulu Mvondo avait souhaité s’engager dans le capital de Kribi power development Corporation, la construction des résidences diplomatiques, l’aménagement des postes de péages routiers, l’augmentation du capital de la Cameroon mobile telecoms ou encore le bitumage de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen. Il avait au total dix projets d’investissement, tous rejetés par le conseil d’administration.

Seul le projet de réhabilitation de l’immeuble ministériel n°1 va échapper à cette censure, parce que c’était une décision présidentielle. « Cet immeuble n’aurait pas aujourd’hui l’apparence qu’il a si le président de la République ne l’avait pas voulu à ce moment précis », indique Me Georges Engono. L’avocat dit ne pas être étranger à ce coup de pouce de Paul Biya qui a tout débloqué. En effet, alors qu’il y est opposé, le conseil d’administration, exceptionnellement présidé ce 27 mai 2010 par Stéphane Mbiatcha, « accompagne le gouvernement dans sa décision d’engager des investissements relatifs aux travaux d’achèvement de l’immeuble ministériel n°1 pour embellir la capitale » et adopte un budget additionnel de 13,6 milliards de FCFA.

Inauguré en grande pompe en août 2014, ce qu’on appelle depuis lors l’immeuble de l’Emergence, avec ses 18 étages, n’aime donc pas solder ses comptes d’un trait. Commencé en 1984, il a mis trente ans pour être achevé. Me Georges Engono n’attendra pas 30 ans pour ses honoraires.

Parfait N. Siki