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Maroua: La flambée des prix des céréales inquiète les populations

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La hausse sensible du prix du mil et du maïs, la baisse de la pluviométrie et la situation sécuritaire entraînent les déplacements des populations.

Dans un car de transport qui rallie Maroua à Mouda, une bourgade située à une demi-heure de la capitale régionale, des confrères de la presse locale ne cessent de s’interroger sur le sort qui attend les populations de la région, au regard des tiges de mil rabougries dans les champs à la périphérie de la ville. C’est que depuis quelques temps, la question est sur toutes les lèvres ici à Maroua et les populations s’inquiètent des risques de famine qui plane depuis l’envolée du prix des céréales. Illustration au marché du mil situé aux encablures du marché central de Maroua. Il faut débourser 25 000 Fcfa pour obtenir un sac de mil, 21 000 F pour le sac de maïs chez Abdoulaye Siddi. « Le prix n’a jamais autant augmenté », observe ce vendeur qui exerce depuis plus d’une dizaine d’années. Les clients pouvaient se procurer des céréales au prix de 15 000 Fcfa l’an dernier à la même période », confie le vendeur.

La situation n’est guère reluisante dans les grands bassins de production tels que Bogo et Guirvidik à partir desquels s’approvisionne Abdoulaye Siddi. La baisse de pluviométrie enregistrée dans ces localités peut expliquer le phénomène. « En effet, la production agricole est ralentie par une faible pluviométrie en 2017,  où on a eu 32 jours de pluie contre 42 jours en 2016 », regrette Boubakary Abdoulaye, délégué régional du Commerce pour l’Extrême-Nord et secrétaire général de la Communauté urbaine de Maroua.

Les caprices de dame pluie n’ont pas épargné les autres céréales très consommées dans cette partie du pays. Le mil rouge cultivé en saison sèche n’a pas connu une bonne production cette année, ni même le maïs provenant de la ville Mokolo dans le département du Mayo Tsanaga et de Rey Bouba dans la région du Nord. Dans les bassins de production du riz local comme Maga, Pouss et Yagoua, le sac de riz décortiqué généralement vendu à 9 000 F coûte désormais 13 000 F. La situation est d’autant plus préoccupante qu’à cette période précise l’on sort des premières récoltes du mil, bien loin donc de la période dite de soudure. Ce moment, qui intervient généralement entre septembre et octobre , est très  critique parce qu’il marque la fin des réserves de l’ancien stock de céréales, alors que les récoltes sont encore attendues.

Au-delà des intempéries, les causes de cette flambée des prix sont à rechercher dans la situation sécuritaire qui prévaut dans la région. « A cause de l’insécurité dans la région, beaucoup de familles ont perdu leurs ressources. Les populations déplacées ont laissé derrière elles leurs bétails et champs pour se réinstaller ailleurs », explique Marthe Wandou, coordonnatrice de l’ONG Aldepa. Le Programme alimentaire mondial (PAM) s’approvisionne depuis quelques temps dans les bassins de production du riz local pour nourrir les populations en difficultés, ce qui contribue à augmenter les prix.

Enquête parlementaire

Les cris d’alerte au sujet de la hausse des prix des céréales sur le marché ont suscité une enquête sur la situation des productions agricoles des régions du Nord et de l’Extrême-Nord,  commandée par le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril vers la fin de l’année 2017. Les résultats de cette enquête ont été présentés au cours d’une réunion le 29 novembre dernier. « Il ressort de cette enquête que l’Extrême-Nord accuse un retard céréalier de 250 000 tonnes. La région a enregistré un déficit de 100 000 hectares non cultivés. La pluviométrie cette année a été de 611 mm contre 740 mm en 2016 », révèle le député Djibrilla Kaou Bakari du département du Mayo-Tsanaga, membre de l’équipe. Des données qui, selon l’élu, démontrent qu’il y a risque de crise alimentaire.

Ruben Tchounyabe