Accueil Economie Inquiétudes autour de la mise en service du barrage de Memve’ele

Inquiétudes autour de la mise en service du barrage de Memve’ele

710
0
Partager
La réception provisoire de l’ouvrage a eu lieu hier dans la localité de Nyabizan, arrondissement de Ma’an, région du Sud. Bien que terminée, l’on ne sait pas quand l’infrastructure sera véritablement fonctionnelle.
« On se disait que la réception du barrage c’est quand les ampoules donnent déjà ». Ainsi s’est exprimé hier Lamoureux Evina Abessolo, le vice-président de la Sous-section locale du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au terme de la cérémonie de réception provisoire et partielle de la centrale hydroélectrique de Memve’ele. Comme Evina Abessolo, les populations de la localité de Nyabizan et de Ma’an ne savent pas quel sort sera réservé au barrage dont la construction est achevé après cinq années. « On n’a pas d’électricité à Nyabizan. Il n’y a que des groupes électrogènes pour alimenter la nuit et charger les téléphones portables » lancent à l’unisson des jeunes rencontrés sur le site du barrage de Memve’ele. A défaut des groupes, les populations sont obligées d’utiliser les lampes solaires. Durant tout le parcours Nyabizan – Ebolowa, long de près de 175 Km, l’on a d’ailleurs vu ces lampes solaires de couleurs rouges accrochées sur les toits des habitations où sont perchés des petites cuvettes de réception du signal des télévisions.
Bien qu’engagées dans l’acquisition des moyens modernes pour l’amélioration de  la vie en milieu rural, les populations ne peuvent en jouir pleinement à cause de l’absence de l’énergie électrique. Cette doléance a d’ailleurs été présentée par le maire de la commune de Ma’an lors de son discours de bienvenue au ministre de l’Eau et de l’énergie (Minee). Tout en saluant cette réalisation contenue dans le programme des « grandes réalisations » du septennat 2011-2018 du président de la République, le maire demande au gouvernement de doter les populations d’énergie électrique à usage domestique, mais aussi pour l’installation des petites unités de transformation des produits locaux. « Nous voulons des compteurs électriques triphasés » a exigé le maire de la commune de Ma’an.
Ouvrages d’évacuation de l’énergie
Mais, il faudra encore attendre. Et l’on ne sait pour combien de temps. Sur le site de production de 211 Mégawatts d’énergie, les spéculations vont bon train. Le ministre de l’Eau et de l’énergie lui-même s’est voulu peu disert sur le sujet. Il a indiqué que tout dépendra de la finalisation de la construction des équipements d’évacuation en direction d’Ebolowa, la capitale régionale du Sud, avant un prolongement sur l’ensemble du Réseau interconnecté Sud. « Le travail du comité de pilotage du projet Memve’ele consistera à finaliser le bitumage de la route qui relie Meyo-centre au barrage. Mais aussi la poursuite de la construction des ouvrages d’évacuation de l’énergie simultanément à l’approfondissement des études de la phase 2 du barrage » a rappelé Basile Atangana Kouna, le ministre en charge de l’Energie qui avait à ses côtés, le directeur général de la Société nationale des transports de l’électricité (Sonatrel).
Sauf que cette déclaration maintient l’incertitude sur la mise en service du barrage construit par l’entreprise chinoise Sinohydro. Au sein du projet, des sources ayant requis l’anonymat informent que les populations pourront s’alimenter dès le quatrième trimestre 2018. À une condition : « que le gouvernement facilite le recrutement d’un personnel supplémentaire qui pourra travailler sur la ligne de transport Ebolowa – Yaoundé », informe un cadre du Comité de pilotage du projet Memve’ele. Et de poursuivre « il est indispensable que les ouvrages d’évacuation avancent afin d’offrir un argument de campagne électorale au président de la République lors de l’élection présidentielle annoncée en octobre 2018 ».
Mais, cette volonté rencontre quelques difficultés. Notamment la question des indemnisations des populations. Le maire de la commune de Ma’an l’a d’ailleurs relevé dans son discours. Et le risque se poursuivra sur le tronçon Ebolowa-Yaoundé où les constructions et d’autres exploitations agricoles pourront freiner le déroulement des travaux de construction des pilonnes. Déjà, les premiers pilonnes métalliques sont visibles sur l’itinéraire Nyabizan-Ebolowa. Alors que sur le bord de la route, les poteaux bois de basse tension sont endommagés. D’autres sont en feux à cause de la préparation des semis qui s’annoncent dès la fin du mois de mars 2018. À certains endroits, les câbles électriques sont d’ailleurs noyés dans les hautes herbes qui occupent encore les abords de la route bitumée en construction qui mène à Nyabizan dont le coût des deux phases est évalué à 50 milliards FCFA.
Pierre Nka, à Nyabizan
420 milliards de FCFA pour 211 MW
Le projet du barrage de Memve’ele a bénéficié du concours financier d’Eximbank China, de la Banque africaine de développement (BAD) et de la contribution du gouvernement camerounais.
221 MW. C’est la puissance installée du barrage hydroélectrique de Memve’ele, dont la réception provisoire partielle a eu lieu hier à Nyabizan dans la région du Sud. Mais cette précieuse contribution énergétique à injecter dans le réseau interconnecté Sud (RIS), n’est pas encore effective. Il faudra encore attendre! Le projet, accuse en effet, un retard d’environ un an sur son chronogramme de départ. Lancé le 12 juin 2012 par le président Paul Biya en personne, l’ouvrage réalisé par la société chinoise Synohydro devait être livré en 2017 au bout de 54 mois de travaux.
Dans le détail, ce projet dit « structurant » comporte un barrage, un évacuateur de crues, des ouvrages de prise d’eau, un canal d’amenée, un réservoir tampon, une conduite forcée, une centrale hydroélectrique semi-souterraine de 62.5 m de haut, deux tunnels, un ouvrage de restitution, un poste de disjonction, une voie d’accès Phase II, un ouvrage d’évacuation d’énergie entre autres. A cette liste s’ajoute le bitumage de la route Nyabizan-Meyo centre. Mais au stade actuel, seul la construction du barrage est bouclée depuis août 2016. « Au vu de sa capacité, il s’agit de la centrale hydroélectrique la plus importante du Cameroun », se targue Dieudonné Bisso, le coordonnateur du projet. Mais reste attendu la fin des travaux de construction de la ligne de transport de Nyabizan à Yaoundé, les postes de transformation et d’interconnexion. Aux dernières nouvelles environ 300 pylônes ont déjà été montés. Il ne reste plus que les 382 pylônes couvrant les 151 Km entre Djop et Ahala Yaoundé. Le coût de cette infrastructure est de 98 milliards de FCFA.
Pour financer ces travaux le Cameroun a contracté une dette de 83 milliards de FCFA auprès d’Eximbank-Chine. Cette enveloppe dédiée à la ligne de transport est complétée par la contrepartie camerounaise à hauteur de 14,5 milliards de FCFA représentant 15 % du coût du projet. Ces 83 milliards de FCFA font partie des 243 milliards de FCFA apportés par la partie chinoise pour la réalisation du barrage de Memve’ele dont le coût global est d’environ 420 milliards de FCFA. D’autres bailleurs et partenaires du Cameroun ont également contribué pour la mise en œuvre de cette infrastructure. C’est le cas la Banque africaine de développement (BAD) qui a injecté 112 milliards de FCFA dans le projet. Alors que la contribution du gouvernement camerounais s’élève globalement à 65 milliards de FCFA.
Grace à ce barrage, le Cameroun pourrait alors devenir un exportateur d’électricité vers le Gabon et de la Guinée Equatoriale qui en sont demandeurs. Selon les ingénieurs chinois, le barrage de Memve’ele est capable de rapporter jusqu’à 55 milliards de FCFA (100 millions de dollars) chaque année, une fois entré en production.
Baudouin Enama