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Economie: Où sont passés les projets numériques du gouvernement ?

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Philemon Yang, Premier ministre

Le discours android de Paul Biya a du mal à être mis en pratique. La plupart des actions entreprises par les ministres sont bloquées à la Primature, qui devient un vrai goulot d’étranglement du décollage de l’économie numérique.

Le débit numérique du gouvernement est en chute libre. En tout cas, le téléchargement de l’ensemble des mesures et actions attendue est très lent et donne l’impression d’une immobilité. La fougue de la ministre des Postes et télécommunications dès son arrivée en octobre 2015 semble être retombée. Ces derniers temps, c’est sur le terrain de la téléphonie mobile qu’on a retrouvé Mme Minette Libom Li Likeng. Son dernier acte dans ce domaine est un appel à projets, en septembre dernier, pour incubateur d’entreprises de l’Ecole supérieure des postes, doté d’une subvention de 150 millions de FCFA pour soutenir les startups. Une si maigre offre qui contraste avec les annonces fortes du gouvernement et les sommes gargantuesques engagées par d’autres pays. Au point de susciter des interrogations sur la volonté gouvernementale de devenir maître et possesseur des technologies de l’information et de la communication, devenues incontournables pour adresser les enjeux présents et futurs.

La réalité est bien cruelle, au regard des projets dé- couverts dans les placards du gouvernement et dont certains auraient déjà changé le visage numérique du Cameroun, au moins auraient-ils ouvert des opportunités aux milliers de jeunes start-uppeurs qui misent sur les TIC pour construire une réponse pour l’emploi et l’innovation. Le plus emblématique de ces projets bien rangés est le projet de mise en place d’un cyber parc technologique national ayant pour mission d’incuber et développer des projets dans le domaine du numérique dans le but de faire émerger une industrie TIC locale de développement des applications « made in Cameroon ». Un partenariat public-privé d’un coût total de 10,5 milliards de F CFA supporté à plus de 60% par un partenaire tunisien et dont il est prévu qu’il soutienne 1 000 startups et génère 100 000 emplois sur trois ans. Ce projet est actuellement dans un tiroir à la Primature.

A bien y regarder, l’immeuble Etoile se révèle le cimetière de l’élan numérique donné au gouvernement par Paul Biya le 31 décembre 2015. Le développement des TIC est prisonnier des tares de la bureaucratie de la Primature qui allie retard et blocages. En effet, grâce à l’encadrement du Premier ministre, Philemon Yang, la Minpostel a élaboré la stratégie nationale de développement de l’économie numérique, dénommée « Cameroun numérique 2020 ». Fruit d’un comité interministériel, adoubé en conseil de cabinet, ce document devait être mis en œuvre sans attendre. Rien ou presque ne bouge : les actions d’implémentation qui nécessitent l’aval des services du PM sont bloquées. Mais, surprise, le 4 avril 2016, un « comité de pilotage et de suivi du développement de l’économie numérique au Cameroun » est créé par le même Premier ministre. Pour bien montrer qu’il est urgent d’attendre, ce comité est constaté un an plus tard, en mai 2017.

Ce comité a tenu sa première réunion le 13 octobre dans les services du Premier ministre. Principal point à l’ordre du jour : la validation de son plan d’actions et de son budget 2017/2018. Six groupes thématiques ont été constitués, dont un est chargé de l’actualisation du plan stratégique pourtant déjà élaboré et validé par le Premier ministre et qui n’a jamais eu la chance de dé- ployer ses axes. Un autre groupe se charge de l’examen du projet « d’une plateforme technique pour le développement des projets dans le domaine du numérique ». Il s’agit du fameux projet monté par le Minpostel avec des partenaires tunisiens et dont la signature du contrat de partenariat est bloquée par la Primature. On voit bien comment les services du Premier ministre ont repris sous leur tutelle l’ensemble des projets liés au développement du numérique.

Seulement, l’immeuble Etoile ne brille pas par sa célérité, une attitude en rupture avec le numérique où tout change vite. A preuve, déjà les réunions de groupes du comité créé à la Primature ont du mal à se tenir. Pour le groupe de travail chargé d’accompagner la conception du projet de mise en œuvre d’une plateforme pour le développement des projets dans le domaine du numérique, l’adoption des conclusions et la validation du rapport final sont fixés pour mars 2018. Ce qui renvoie son financement dans le budget 2019. Entre la déclaration de volonté politique de Paul Biya le 31 décembre 2015 et la date probable de mise en œuvre du numérique version Primature, il va s’écouler quatre ans. Une éternité dans le domaine des TIC.

Parfait N. Siki