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Conjoncture: Importante baisse de la production de la banane

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La station d'emballage de la banane de Boh plantations limited

Les producteurs industriels du secteur ont enregistré une réduction d’un quart de leurs récoltes et une baisse considérable de leurs chiffres en 2017 à cause des aléas climatiques.

La filière banane au Cameroun est frappée de plein fouet par une crise. La production va en effet connaître une baisse considérable cette année, d’après les principaux producteurs. « Les récoltes projetées ne seront pas atteintes », résume Franklin Ngoni Njie, directeur général de la Cameroon development corporation (CDC). La seule entreprise agro-industrielle du secteur dont les capitaux sont entièrement détenus par l’Etat n’a pas été épargnée. CDC, qui tablait sur une production de 119 000 tonnes, revoit déjà ses prévisions à la baisse. La production devrait atteindre à peine 100 000 tonnes, selon le DG. Boh Plantations limited (BPL), l’unique entreprise de la filière détenue par des privés camerounais, a, quant à elle, enregistré une perte de plus de 2 000 tonnes, équivalant à 500 millions de Fcfa. D’après Eric Njong, directeur général de BPL, c’est en moyenne une quantité de 12 000 tonnes qui est produite chaque année dans les domaines de cette agro-industrie qui s’étendent sur une surface de 264 hectares dans la localité de Missaka, arrondissement de Tiko.

Le même cri est entendu du côté des Plantations du Haut Penja (PHP), plus gros exportateur camerounais de la banane, qui s’étend sur une surface de 4 500 hectares. « Nous avons eu à subir l’équivalent de 300 à 400 hectares qui étaient complètement détruits par les tornades », confie Peter Bentata, directeur général de PHP. Les pertes se situent à plusieurs dizaines de milliers de palettes par rapport aux objectifs définis. Il faut préciser qu’une palette vaut 48 cartons. C’est environ 10% de production de PHP de moins, commente un acteur. Cette situation est imputable aux phénomènes climatiques fréquemment observés au Cameroun, explique le DG de PHP. Sauf que cette année, ces intempéries ont été particulièrement importantes. C’est environ 100 à 200 hectares de plus qu’habituellement qui ont été ruinés par les effets perturbateurs du climat. Au-delà des facteurs directement liés au climat, le nouveau directeur général de PHP pointe du doigt une maladie causée par un champignon qui, raconte-t-il, s’attaque aux bananeraies et sur lequel il faut appliquer un certain nombre de traitements préventifs. « Il s’avère que cette année nous avons eu une virulence très particulière de la maladie et qui a touché l’ensemble de la profession », précise Peter Bentata. Même les cacaoyères du pays n’ont pas échappé à l’impact de cette maladie et d’autres maladies de même type, apprend-on.

L’Association bananière du Cameroun (Assobacam), qui regroupe les producteurs industriels du Cameroun, estime à environ 223 000 tonnes la production pour le compte de l’année 2017. Bien en deçà de la performance de 296 442 tonnes réalisée en 2016. Soit une chute de près de 25%. Des pertes dues aux violentes tornades qui ont entraîné une poussée de la cercoporiose au courant du deuxième semestre.  L’une des pistes de résolution de cette crise est de privilégier l’excellence dans le travail, préconise le DG de PHP. De son côté, la CDC dit intégrer désormais des techniques plus modernes en collaboration avec ses partenaires. Pour remonter la pente, les producteurs devront également résoudre les problèmes d’approvisionnement en énergie électrique  pour l’irrigation. « Si on dépend à 100% d’Eneo, parfois on est déçu », déplore Franklin Ngoni Njie, DG de la CDC. L’agro-industrie a passé deux mois sans irrigation effective l’an dernier, et les pertes qui ont suivi étaient élevées. Pour pallier le déficit d’énergie, l’Union européenne a mis à sa disposition deux groupes électrogènes de 910 Kva. La PHP, quant à elle, a bénéficié d’un financement de l’UE pour l’acquisition de sa station de pompage de 20 millions de mètres cubes. Mais 90% d’énergie utilisée provient encore du distributeur de l’électricité.

Concurrence: Des contraintes d’accès au marché européen

Soumise aux normes du marché européen, la banane camerounaise doit faire face à la production des pays sud-américain pour nourrir ses 14 500 employés.

Le travail est à la chaîne à la station d’emballage de Boh plantations limited située en plein cœur des domaines de cette entreprise qui s’étendent sur une superficie de 264 hectares dans la localité de Missaka dans le Sud-ouest. C’est ici qu’est empaqueté l’essentiel de la production. Cueillies dans les plantations, les bananes sont acheminées à ce site où elles subissent un traitement suivant un ordre. Après le découpage des régimes en tas, les fruits sont soumis à un lavage, puis un tri et un traitement à l’aide de produits. A la moindre égratignure, les denrées sont retirées du lot. La banane est en effet soumise au respect scrupuleux des normes du marché européen, explique Anatole Alima Ebanda, vice-président de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam). D’après lui, le moindre doigt mûr ou la présence d’un insecte découvert à l’ouverture d’un carton entraîne l’annulation de tout le conteneur dès l’entrée sur le marché.

La production camerounaise fait également face à la concurrence de la banane provenant des autres grands producteurs tels que l’Equateur, la Colombie et le Costa Rica. Avec une superficie cultivée d’environ 150 000 hectares (bien en-dessus des 8 000 hectares qu’occupent les plantations au Cameroun). Les pays de l’Amérique du Sud dominent en effet le marché grâce à leurs débouchés chez les grands consommateurs que sont l’Europe (6 millions de tonnes par an) et l’Amérique du nord et le Canada. Le marché américain est particulièrement à la portée des géants sud-américains. Alors que Miami est à un jour de bateau du Costa Rica, la banane du Cameroun doit passer environ 11 jours pour rallier l’Europe, commente Anatole Alima Ebanda. Face à ces multiples difficultés, le marché africain représente un atout pour les producteurs locaux. Le Nigeria a par exemple consommé 25 000 tonnes par an entre 2011 et 2013. Les exportations vers le Nigeria sont suspendues depuis les exactions de la secte islamiste Boko Haram.

Malgré toutes ces contraintes, la banane nourrit son homme. 14 500 personnes vivent de la production au Cameroun. Ils sont 529 salariés à BPL, parmi lesquels 30% de femmes. Grâce à l’appui de l’Union européenne, ils ont bénéficié d’un dispensaire et d’un restaurant, conformément aux normes du marché européen. La CDC quant à elle procure 5 000 emplois à travers son verger bananier de 4 525 hectares. Avec 7 000 employés, la PHP est le premier employeur privé du pays. Ils bénéficient de la protection sociale de premier ordre, puisque 100% des frais de santé sont pris en charge pour les salariés.

Ruben Tchounyabe