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Casimir Berthier Fotso Chatue «Afrikanet GoSat démystifié l’accès internet par satellite aux PME/PMI »

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Le P-DG d’Afrikanet GoSat dresse le bilan des premiers mois d’activités de son entreprise au Cameroun, tout en évoquant l’importance de la connectivité par satellite pour les pays de l’Afrique subsaharienne.

Afrikanet GoSat, entreprise présente au Cameroun depuis 2012, a  lancé, pour la solution GoSat, ses activités en  juillet 2017 à Douala. Comment le public a-t-il accueilli le produit ?

L’accueil du public venu découvrir cette nouvelle méthode simple pour se connecter à internet haut débit a été fabuleux. Sur le plan technique, nous avons réalisé avec nos partenaires d’Angleterre et de France une prouesse technologique chez nous ici, pour la première fois en Afrique Centrale : fournir avec un satellite de nouvelle génération HTS et sur chaque installation, des débits internet, jamais égalé, 20 fois supérieures à ce qu’il y avait avant et donner ainsi un choix supplémentaire ou complémentaire á des PME/PMI, des structures et administrations en zone rurale ou des particuliers de goûter au haut débit quel que soit l’endroit où ils se trouvait dans notre zone de couverture au Cameroun. Nous avons démystifié l’accès internet par satellite aux PME/PMI, grâce à une caravane que nous avons déployée sur plus de 1000km et 12 villes et villages en 10 jours. Ceci dans les régions du Littoral et l’Ouest, de Njombe-Penja à Nkongsamba, de Kekem à Bana/Bafang, de Bandjoun à Foumbot en passant par Bafoussam, et de Mbouda à Dschang.

Quel est le bilan cinq mois plus tard ?

Après l’exploit technique et le POC (Proof of concept) que nous avons réalisé, le passage à l’étape suivante doit avoir la bénédiction des pouvoirs publics pour véritablement mettre cet outil à la portée de tous. Notre ministère de tutelle qui est le Minpostel affiche dans le plan numérique national des ambitions pour porter de 6 à 20% à l’horizon 2020 le taux d’accès au haut débit. Nous sommes prêt à l’aider dans un temps record en solution complémentaire au déploiement de fibre actuel et sur ce, il nous a communiqué trois exigences.

Quelles exigences ?

Primo, la traçabilité : cette exigence en matière de traçabilité et de localisation des connexions à ouvrir, c’est l’essence même de notre type de connectivité par satellite. Nous avons à GoSat mis en place avec nos partenaires la notion de traçabilités par adresses IP fixes et par adresses Mac émettrices. C’est-à-dire que nous pouvons remonter sur tout message sortant de nos réseaux GoSat, le site d’origine, le nom de l’abonné GoSat propriétaire de l’installation car ceci est récupéré au moment de l’installation et archivé dans notre base de données sécurise’ en ligne sur le cloud. Administrativement c’est le même processus que lors de l’identification des cartes SIM GSM que nous nous sommes imposés, mais encore plus poussé parce que nous connaissons la position géographique exacte en longitude et latitude de chaque site, le satellite utilisant ces paramètres pour recevoir ou envoyer ses informations.

Secundo, la cybersécurité : ceci nous a emmené à revoir notre copie pour le Cameroun et nous avons donc enfin déployé avec un de nos partenaires pour le compte de GoSat, une plateforme à partir d’un noyau initial qui a été primé en avril dernier sur le plan international par l’organisme de l’OTAN en charge des problèmes de cybersécurité.  En effet, un de nos partenaires dans le même centre que notre maison mère à Oxford en Angleterre et qui est historiquement un « Spin Out » de la prestigieuse université d’Oxford adapte avec nous des systèmes et algorithmes de cybersécurité bio chronométriques et c’est d’ailleurs ça qui a séduit l’OTAN quand il a obtenu son prix.  Ces systèmes sont aujourd’hui disponibles chez nous pour nos clients au Cameroun. Sur certaines offres, nous utilisons des algorithmes les plus avancés en cryptographie, en e-DNA et en protection d’accès par des milliers de test en background s’exécutant en moins d’une centaine de millisecondes pour protéger les systèmes d’accès de nos clients s’ils le souhaitent. Ceci doit être validé par notre ministère de tutelle, le Minpostel qui sortira avec un calendrier qu’ils se sont fixés, des nouveaux textes devant régir ce type de connectivités que nous proposons au Cameroun. Une fois établis, nos systèmes pourront même être déployés vers les administrations ou les sociétés du pays qui nous en exprime le besoin.

Et dernière exigence du Minpostel…

Enfin, l’exigence de contenus : éducatifs, e-Learning, e-farming, e-santé et des plateformes de e-commerce, etc.  et aussi récréatif bien entendu, sont désormais disponibles par une marque eAfrica que nous portons pour l’occasion. Ces exigences légitimes et surtout le calendrier du ministère ont quelque peu contrarié notre commercialisation et vous allez me permettre de ne pas donner une réponse directe à votre question.

 

Comment l’Etat peut-il inciter et accompagner la transformation digitale au Cameroun?

 

Les pouvoirs publics doivent sortir le cadre règlementaire devant encadrer la diffusion de ce type d’accès à haut débit, démocratiser et pourquoi pas, y attacher les moyens d’accompagnement nécessaires.

Je ne doute pas de la volonté des politiques à mettre tous les moyens dont ils disposent pour inciter et accompagner la transformation digitale de notre pays. Cette volonté des pouvoirs publics est inscrite dans le plan national de numérisation du Cameroun pour 2020 et surtout dans la perspective de l’émergence effective de 2035.  Ils doivent tout simplement se donner les moyens de respecter le calendrier qu’ils ont eux-mêmes fixé et accueillir avec un peu plus d’enthousiasme les initiatives privées comme les nôtres qui s’inscrivent avec les précautions qu’ils ont exigées dans leur politique et dans ce besoin d’infrastructures qui va  offrir aux acteurs économiques en zone rurale qui est notre cible, le ticket d’entrée dans ce magnifique train de l’économie numérique qui est en train de quitter la gare et qu’ils ne doivent pas rater. Les États africains doivent véritablement, en plus de la démarche que je préconise de s’emparer du volant du train numérique par des décisions stratégique en ce qui concerne la monnaie électronique qui est le nœud gordien de l’économie numérique, s’attaquer avec toutes les bonnes volontés qui se présentent à elles aux questions d’infrastructures pour offrir un ticket à chacun, où qu’il soit sur leur territoire.

Le numérique est en train de refaire l’ordre mondial, le numérique est en train de redistribuer les cartes d’accès au développement, le numérique est en train de refonder l’accès aux emplois de demain et de les rendre apatriés et nous devons en Afrique saisir cette chance et donner par ce billet les atouts à notre jeunesse ou tracer la route à ceux des plus jeunes quel que soit le lieu où ils se trouvent, pour qu’ils soient équipés à conquérir sans préjugé et avec des armes égales le monde de demain qui ne fait que se transformer et donc aucune prédiction ne peut dire avec certitude comment il va s’articuler car le numérique refond toutes les bases et dans tous les secteurs. Sur ce point pour finir, je réitère que notre expertise à Afrikanet GoSat en Angleterre et celle de l’unité française Nord Sud Transfert Technologie que j’ai aussi la chance de diriger, peut être sollicitée sur les aspects infrastructures de connectivité complémentaires dans les zones les plus reculées car notre technologie le permet.

Pourquoi avoir choisi pour la phase de déploiement du satellite, les zones du Littoral et le Grand Ouest ?

Les infrastructures satellites que nous utilisons sont mis à notre disposition par nos partenaires car c’est des investissements énormes, qui à eux seuls équivalent presque au dixième du budget total du Cameroun d’où la mutualisation pour que ces installations servent à plusieurs pays.  Ce n’est donc pas nous qui avons choisi pour commencer ces premières zones de couverture, c’est la nature du satellite qu’ils avaient lancés avec épicentre dans le grand pays voisin encourageant déjà depuis longtemps ce type de connectivité pour le développement de son économie numérique en autorisant l’ouverture de l’accès internet partout sur son territoire qui a dicté notre démarche.

Contrairement à d’autres FAI, Gosat est très discret sur le plan marketing et publicitaire. Est-ce une stratégie ?

Tant que notre ministère de tutelle ne sort pas les textes réglementaires devant encadrer ce type de connectivité pour tous au Cameroun comme le font d’autres pays, nous resterons ici au stade de « Proof of concept », mais le challenge qu’ils se sont donné pour remplir les exigences du plan numérique Cameroun 2020 et les discussions en cours auxquelles nous souhaitons y contribuer davantage montre la volonté de nos gouvernants à réaliser cet objectif qui est dans moins de 3 ans.

A quand le déploiement dans les autres régions du pays ?

Les négociations sont en cours à notre niveau et au niveau de mes partenaires propriétaires des satellites que nous utilisons, pour lancer dans moins de trois mois, un autre satellite encore plus performant avec épicentre sur le Cameroun pour que cette technologie soit aussi accessible aux autres régions du pays et même au-delà, vu la position centrale géographique que nous occupons. C’est vrai que l’accueil mitigé des pouvoirs publics fait défaut et pourrait refroidir la volonté de ces investisseurs à mettre en priorité notre pays sur les choix stratégiques d’expansion des cellules satellites. Mais nous avons espoir car plus que quiconque, nos dirigeants sont animés par la volonté de faire de notre pays un exemple en Afrique Centrale pour ce qui est de la numérisation.

 

Les abonnements haut débit mensuel internet commencent à 24 590 FCFA TTC pour atteindre la somme de 269 900 FCFA TTC pour les grandes entreprises et institutions. N’est pas trop cher pour une entreprise qui veut démocratiser l’accès à internet au Cameroun ?

Le coût des installations préalables au niveau des téléports pour offrir les accès individuels et la durée de vie des satellites lancées qui sont de 15 à 17 ans est énorme. Nous avons déjà avec notre technologie HTS divisé par 10 le prix des accès à internet par satellite conventionnel qui était pratiqué partout en Afrique et qui reste encore en vigueur dans certains pays n’ayant pas eu la chance que le Cameroun a eu en se voyant sélectionné pour être le premier territoire en Afrique Centrale ou ceci est désormais disponible.  Il ne faudrait pas que nous perdions cet avantage pour quelques raisons que ce soit car ces technologies sont inévitables.  Nos propositions ne doivent pas être comparées aux autres car elles sont non seulement en package avec un ensemble de services cybersécurité, espace contenu, etc.

Vous avez annoncé lors de son lancement, l’introduction d’une demande en subvention aux autorités de tutelle afin de couvrir les zones véritablement enclavées du Cameroun. Où en êtes-vous ?

Très bonne question. Fraichement arrivé à la tête du ministère des Postes et Télécommunications la ministre actuelle avec sa détermination que nous connaissons tous, a présenté en conseil de ministre un plan national ambitieux pour faire du Cameroun un pays numérique en 2020. Ce plan expose de manière chiffrée des objectifs qui comprennent entre autres, de passer le taux d’internet de 6 à 20%, de passer les domiciles équipés d’internet haut dédit de 4 à 10%, d’équiper toutes les grandes entreprises ou qu’elles soit à 95% en Internet haut débit, etc. Nous avons pris nos responsabilités en tant qu’acteur local des télécommunications et mis notre technologie à disposition pour couvrir l’étendue du territoire. Il existe au Cameroun comme dans les autres pays, un fond spécial des télécommunications abondé par les acteurs économiques du secteur qui devrait exclusivement servir à l’expansion du réseau dans les zones les plus nécessiteuses. Je prône à cet effet dans notre pays la création d’une Agence nationale indépendante de service universel qui va gérer ce fonds FST et ainsi le consacrer vraiment à sa mission première qui est de rendre les TIC accessibles à tous sur toute l’étendue du territoire national. Certains pays l’ont fait, et leurs équipes sont nos premiers interlocuteurs quand il s’agit d’œuvrer pour réduire la fracture numérique chez eux. Il y a des subventions entières consacrées à ces infrastructures qui devraient être financées par ce fonds et ne pas servir à autre chose. La priorité sera ainsi donnée aux zones enclavées numériquement. Les demandes des acteurs œuvrant dans ce sens pourront trouver écho pour que ce rêve de Cameroun numérique ne soit pas juste de la poudre aux yeux car cette échéance est très proche maintenant.

 Propos recueillis par Elodie Mbopda