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Cameroun : une stabilité gouvernementale contreproductive

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A la différence des cinq autres Etats de la Cemac, sur le plan organisationnel, les lignes ont peu bougé dans la constitution d’une équipe sur laquelle Paul Biya compte pour impulser la reprise.

Ce 21 février 2018, Louis Paul Motaze, le ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire a achevé la concertation avec le secteur privé à Douala, la principale place économique du pays. Il ressort que, le Cameroun a choisi la voie de la diversification pour relance de son économie à travers deux stratégies. La première, dite horizontale repose sur la volonté d’augmenter les devises par la vente des produits de rente: pétrole, cacao, café, banane, coton, etc. La stratégie verticale quant à elle indique qu’on peut partir d’un produit comme le coton et le transformer pour avoir au final des vêtements ou des tissus.

Voilà l’esquisse de ce que le gouvernement propose après la rencontre du 23 décembre 2016 entre les six pays de la Cemac à Yaoundé. Mais depuis cette date, rien n’a bougé dans la structuration de l’équipe chargée de conduire les réformes. «Une réforme ou une relance ne peut porter les fruits si elle n’est pas portée par de nouveaux hommes» explique un consultant familier des arcanes du pouvoir au Cameroun. En effet, contrairement aux autres Etats de la Cemac, entre décembre 2016 et ce jour aucun membre du gouvernement n’a été touché. Ce que Yang Philemon a prescrit renvoie à l’élaboration des feuilles de route ministérielle. Une vieille recette que le Premier ministre avait inaugurée au début du septennat 2011-2018.

Même l’échec de la mise en place du Plan d’urgence triennal adopté en 2015 n’a pas constitué un électrochoc susceptible de faire bouger les lignes. En octobre 2015, lorsque Paul Biya remaniait son équipe gouvernementale, ce n’était pas tant pour plus d’efficience. La taille de l’exécutif est restée à une soixantaine de ministres et assimilés. Au Tchad, comme au Gabon et Guinée équatoriale le nombre de ministres est en baisse ainsi que les charges y afférentes. Le Gabon a par exemple baissé de 10% les salaires des ministres et supprimé des avantages aux membres du parlement.

Faux pas d’une croissance à 9-10% dès 2015

Ce gouvernement Yang surprend tout de même. Car paradoxalement à cette stabilité gouvernementale, le Cameroun est en pleine instabilité socio-économique. Aux crises sécuritaires dans l’Extrême-nord, le Nord-ouest et le Sud-ouest, s’ajoutent des tensions de trésorerie. Alors que le recensement physique du personnel de l’Etat annoncé en 2017 n’a pas encore livré ses résultats, les Petites et moyennes entreprises attendent le paiement de la dette de l’Etat qu’elles estiment à près de 700 milliards FCFA. Les délais de paiement les plus optimistes s’étalent jusqu’au second semestre 2018 après le lancement de l’emprunt obligataire au mois de juin. Au Gabon, l’annonce du gouvernement sur le paiement de la dette intérieure est pourtant claire. Les « 310 milliards FCFA représentent 177 entreprises et deux tiers de la dette intérieure globale. Toutes les entreprises qui auront des créances inférieures à 2 milliards FCFA seront intégralement payées d’ici les dix prochains jours » annonçait Ali Bongo le 10 février 2018. Au moment que le gouvernement des « grandes réalisations » rentre en campagne en cette année électorale 2018, l’on s’éloigne au fur et à mesure des prévisions du Document de stratégie pour la croissance et de l’emploi. Suivant les prévisions, dès 2010, le taux de croissance du Cameroun devrait progressivement s’accélérer pour atteindre des taux nettement au-dessus de 9-10% sur la période 2015-2025.

Pierre Nka