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Cameroun: Les fléaux qui plombent l’environnement des affaire selon le FMI

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A cause de la faible transparence dans les industries extractives, couplée à la corruption qui semble s’épanouir dans de nombreux secteurs d’activités, l’économie camerounaise demeure peu attractive pour les investisseurs. Ce que souhaite voir changer le FMI.

Beaucoup d’efforts restent à faire pour que le Cameroun parvienne à rassurer les investisseurs. En dépit des réformes entreprises jusqu’à présent, le pays souffre encore de nombreux fléaux qui  gangrènent son environnement des affaires.  C’est pourquoi,  Mitsuhiro Furusawa, directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), en déplacement à Yaoundé du 14 au 15 septembre dernier, a émis le souhait de les voir disparaitre rapidement. Au Cameroun, le problème ne se pose pas dans l’inexistence ou le mauvais contenu des lois, mais plutôt dans leur application dans un contexte où la dérive des principaux partenaires du système judiciaire parait presque enracinée. Prenons l’exemple de l’établissement des titres fonciers, éternel problème de l’amélioration des affaires. La grosse pression sur le foncier fait que l’établissement des titres fonciers soit devenu l’un des foyers de corruption au Cameroun. Du fait de nombreuses pratiques de corruption, dans l’administration et les transactions foncières, les populations ont généralement de la peine à bénéficier d’un accès équitable et juste à la terre. A la sous-préfecture où l’imprimé de demande d’immatriculation se retire, le récépissé délivré à cet effet coûte officiellement en moyenne la somme de 3 000 FCFA. Mais dans les faits, certaines sous-préfectures exigent au demandeur des sommes d’argent allant au-delà du coût officiel.

Sur le plan fiscal, le secteur privé en général, et les PME en particulier, déplorent une pression étouffante pour leurs activités. En effet selon le classement « Doing business » de SFI, structure du Groupe de la Banque Mondiale, les impôts et taxes absorbent au Cameroun 47,6% des bénéfices bruts des entreprises ; et le chef d’entreprise et son staff effectuent 51 paiements dont 12 pour la TVA, y consacrent 1 300 heures par an.Lenteur, laxisme, corruption, partialité…contribuent à rendre plus difficile le climat des affaires.  Au sein de la communauté des affaires, la perception que l’on a de la justice est plutôt négative.  A preuve, 55% de personnes ont déclaré avoir payé des pots-de-vin dans leurs interactions avec le système judiciaire, selon une enquête. Les services des impôts et taxes suivent avec un pourcentage de 46% d’après une enquête  publiée en 2016 par Transparency International. La conséquence de cet état de chose est que l’on assiste à de longs et interminables procès. Le combat juridique entre une entreprise camerounaise et Nestlé est un cas d’école d’affrontement économique dans l’industrie du lait. Soit depuis 2003.

Plus grave, certains importateurs exercent au Cameroun, tout en évitant de remplir leurs obligations fiscales. Selon la direction générale des Impôts et la direction générale des Douanes (DGD), 6 054 entreprises contribuables ne sont pas répertoriées dans le fichier informatique de la DGI. Pourtant, d’après les fichiers informatiques de la DGD, elles sont opérationnelles. Reconnus par la justice camerounaise, comme étant à l’origine des trafics en tous genres, de nombreux agents du ministère des Finances séjournent aujourd’hui en prison.  D’après les différents rapports de la Commission nationale de lutte anti-corruption (Conac), les usagers se plaignent du racket très régulièrement au Cameroun des cas d’arnaque et autres actes de corruption,

Entreprises et ménages affectés

Les conséquences du mauvais climat des affaires se font ressentir partout. Dans les foyers, du fait de l’enrichissement illicite, le nombre des pauvres au Cameroun est passé de 7,1 millions en 2007 à 8,1 en 2014 selon des résultats de la 4è Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM4), menée par l’Institut national de la statistique (INS). Dans les détails,  souligne  le Bureau central des recensements et des études de population (Bucrep), 17,5% des ménages sont plus pauvres, 18,6% pauvres modérés, 20,5 riches, et 24,5 plus riches ; 36% des ménages sont pauvres et 64% non pauvres.

En plus d’affecter les entreprises, ces fléaux qui gangrènent l’économie camerounaise  affectent  la société de façon importante, tant au plan social qu’au plan économique. En 2016 par exemple, le Cameroun figurait à la 167e place du rapport de Doing Business sur 190 pays. Dans son rapport 2017, l’étude de la Banque Mondiale (BM) place le Cameroun place le pays au 166e rang.    Concernant  les Investissements directs étrangers, ils étaient en net recul par rapport à 2012 (413 milliards de FCFA), avec 65 milliards de FCFA en moins. Le pays a pu capter 348,2 milliards de FCFA d’investissements directs étrangers (IDE) au cours de l’année 2013, selon des chiffres révélés par le Comité technique national de la balance des paiements du Cameroun.

L’autre conséquence et pas des moindres, demeure la sous-consommation physique du budget d’investissement public. Son taux était de 52,83% au 30 juin 2017, d’après des chiffres officiels.  Une situation due aux «problèmes de gouvernance et les problèmes de corruption qui gangrènent notre administration et sont toujours présents dans nos différents projets d’investissement public. Les acteurs qui ont la responsabilité de mettre en œuvre ces projets se plaignent souvent des multiples rackets de l’administration qui les amènent quelques fois à sous facturer ou à surfacturer leurs prestations. Quelques fois, ils dépensent tellement d’argent pour se faire accepter un marché », analysait récemment le Dr. Ariel Ngnitedem, lors d’un entretien accordé à LQE.

 Christian Happi