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Anguille sous roche dans un potager berlinois

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Nicolas Leschke und Christian Echternacht, die Gründer von ECF Farmsystems GmbH in Berlin-Tempelhof. Fotografiert am 29.09.2015 von Steffen Roth.
Allemagne//Au cœur de Berlin, une startup élève des poissons et utilise leurs déchets pour fertiliser ses légumes. Dans les supermarchés du futur, les légumes et les poissons pourraient même provenir directement du lieu de vente.
 
Par Katrin Terpitz (Handelsblatt), Berlin
 
Une odeur de basilic frais parcourt les rues de Berlin. Suivez-la, et vous arriverez à ce qui est peut-être la plus grande ferme potagère et piscicole d’Europe. La vaste serre, construite sur le site d’une ancienne malterie, abrite des milliers de pots de basilic et 13 bassins remplis de perches. Une fois qu’ils ont atteint la taille nécessaire, au bout de sept mois, les poissons sont vendus aux supermarchés locaux. « Il n’y a pas de basilic ou de poisson plus frais à Berlin », déclare Nicolas Leschke, cofondateur d’Ecofriendly Farmsystems (ECF).
Ouvert en 2014, ECF se base sur la méthode de l’aquaponie pour cultiver des végétaux de pair avec l’élevage de poissons. La ferme, qui s’étend sur 1 800 m², utilise l’eau de pluie collectée sur ses toits. L’eau s’écoule dans les bassins et les déchets solides filtrés sont récupérés. L’urine de poisson se compose principalement d’ammoniaque, que des microorganismes convertissent en nitrates. « Comme c’est un fertilisant efficace pour les plantes, nous utilisons l’eau des bassins dans nos serres », explique Nicolas Leschke. « Cela nous permet d’économiser € 20 000 par an sur la facture d’eau, et le basilic n’a pas besoin d’autre engrais ». Ces agriculteurs citadins se passent par ailleurs de pesticides, comptant sur des insectes utiles pour protéger leurs plantes contre les parasites.
Cultiver des plantes en symbiose avec l’élevage des poissons en milieu urbain date au moins du temps des Aztèques. Au 14e siècle, ces derniers cultivaient du maïs, des tomates et des haricots sur des îlots, ou chinampas, construits sur la rivière traversant la mégapole mexicaine de Tenochtitlan. Aujourd’hui, les océans sont bien souvent victimes de la surpêche et pollués, et la population mondiale s’accroît de manière spectaculaire. Des experts comme Carsten Schulz, professeur d’aquaculture maritime à l’Université de Kiel, sont convaincus que répondre à la demande croissante de poissons nécessitera de recourir davantage à des techniques d’aquaculture.
L’aquaculture n’est pas exempte de critiques, mais Carsten Schulz et d’autres partisans de la méthode pensent que ces objections sont sans fondement, soulignant que les poissons élevés ainsi sont moins soumis au stress que ceux élevés dans la nature. « Nos poissons sont en bonne santé et n’ont pas besoin d’antibiotiques », ajoute Nicolas Leschke.
Sa ferme berlinoise peut produire jusqu’à 30 tonnes de perches par an, soit suffisamment pour fournir en poisson 2 000 citadins sur un an. Outre le basilic, ECF a expérimenté la culture d’autres légumes : concombres, aubergines, poivrons, choux, melons et tomates.
Nicolas Leschke et son partenaire Christian Echternacht sont autodidactes dans ce domaine. Ils tiennent leur expertise de scientifiques et de leurs sept employés. Christian Echternacht est un entrepreneur du web, tandis que Nicolas Leschke a étudié la gestion internationale des affaires à Londres avant de lancer des startups en Italie et en Inde. Avec ses fermes aquaponiques écologiques, le duo espère contribuer à faire de la terre un meilleur endroit.
Les consommateurs voient vite les avantages. « La culture locale élimine les coûts de transport et la chaîne du froid », dit un représentant de Rewe. Cette chaîne de supermarchés offre du « basilic de ville » dans 340 magasins berlinois depuis mars 2017. Les ventes se sont envolées. Son prix de € 1,99 est à peine supérieur à celui des autres pots, plus petits, et sa tenue est plus longue. Et comme il est transporté sur de très courtes distances, il n’y a pas besoin de plateaux d’irrigation en plastique.
Dans la foulée de ce pilote réussi à Berlin, ECF prévoit d’ouvrir ailleurs de nouvelles fermes urbaines. L’entreprise prévoit notamment de construire ce qui sera la plus grande ferme aquaponique d’Europe – 2 000 m²– sur le site historique d’Abattoir à Bruxelles, en partenariat avec l’agence européenne d’architecture Natural Lateral Thinking Factory. « Les légumes seront cultivés et les poissons élevés sur le toit et vendus juste au-dessous, dans le marché couvert. On ne peut pas faire plus frais ! », se réjouit Nicolas Leschke. L’architecte Steven Beckers, connu pour son design fidèle aux principes de l’économie circulaire, est impliqué dans le projet.
En attendant, ECF a construit une ferme en Suisse pour un grossiste maraîcher. La ferme est chauffée par la chaleur qui s’échappe du système de climatisation. « Il est particulièrement judicieux d’implanter des fermes aquaponiques à proximité d’usines ou de sites industriels, qui dégagent énormément d’énergie », souligne Nicolas Leschke. Christian Echternacht et lui sont également en pleine négociation sur des projets en Albanie, au Kazakhstan et au Luxembourg.
Depuis sa création, ECF est soutenue financièrement par Investitionsbank Berlin Brandenburg (IBB) et un investisseur privé. « Les circuits courts et écologiques occupent une place de plus en plus importante dans la production alimentaire », déclare Marco Zeller, IBB. Avec les autres co-investisseurs, il est convaincu que l’aquaponie est passée d’une situation de niche à une vraie tendance, au potentiel considérable. ECF n’est en effet pas seul sur le marché de l’aquaponie. Urban Farmers conçoit des sites similaires en Suisse, et Edenworks vient d’ouvrir à Brooklyn une ferme qui produit à la fois des poissons et des herbes aromatiques.
ECF compte devenir rentable en 2017, avec un chiffre d’affaires de € 2 millions. Selon Nicolas Leschke, ce n’est que le début. « Bientôt, nous aurons des fermes maraîchères et piscicoles dans des villes à travers toute l’Allemagne ».