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Agropastoral: Financement à deux vitesses du Prodel

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Financement à deux vitesses du Prodel

Le ministre de l’Elevage, des pêches et des industries animales (Minepia), Dr Taïga a signé, hier à Yaoundé, des conventions de partenariat avec les institutions financières retenues pour la mise en œuvre du Projet de développement de l’élevage (Prodel). Seulement, estiment les acteurs, les procédures d’acquisition des fonds semblent plus lourdes chez les EMF qu’auprès des banques commerciales.

Le ministre de l’Élevage, des pêches et des industries animales (Minepia), Dr Taïga a procédé hier à Yaoundé à la signature de conventions de partenariat avec 13 institutions financières, dont 11 établissements de microfinances (EMF) et 2 banques commerciales (Bicec et Afriland First Bank). C’est dans le cadre de la mise en œuvre du Prodel, financé à hauteur de 60 milliards FCFA par la Banque mondiale pour accompagner, financer les projets de 600 000 personnes évoluant dans le domaine agropastoral camerounais. Grâce à ce partenariat avec ces institutions financières, il sera question de connecter chaque éleveur à un établissement financier pour des besoins de financement de leurs activités.

Seulement, a-t-on appris, les procédures d’acquisition de ces fonds auprès des établissements financiers, en particulier les EMF, pourraient prendre assez de temps et même décourager les bénéficiaires. Avant de posséder le moindre centime, les bénéficiaires (organisations des producteurs ou les éleveurs) seront d’abord identifiés dans leurs localités respectives par les Comités régionaux du Minepia. Ces Comités devront enregistrer les bénéficiaires dans une base de données avant le montage d’un plan de financement. Les bénéficiaires seront aussi formés, accompagnés afin de s’assurer de la maturation de leurs projets. « Le projet de l’éleveur s’organise aux niveaux des régions. Parce qu’il y a des Comités dans chaque région pour identifier les projets fiables auprès des Organisations des producteurs par exemple. Quand les projets de ces producteurs sont identifiés, l’EMF assiste le producteur avec les responsables régionaux du Minepia. Ceci pour monter un plan d’affaire. Ce plan d’affaire est monté au niveau de la région avant d’être transmis au niveau de l’EMF qui admet l’accord de financement », regrette un acteur qui estime que ces procédures  seraient longues et décourageantes. Or, au niveau des banques commerciales, le bénéficiaire doit présenter simplement son plan de financement sans passer par ce chemin de croix. « La banque n’a pas le temps de suivre au jour le jour le projet d’un producteur pour s’assurer de sa fiabilité. Il suffit d’avoir juste un bon business plan », relève un cadre à la Bicec.

Pour rappel, le Prodel s’inscrit dans l’option de modernisation et de soutien au développement de l’élevage. Ce projet est le fruit de coopération entre le Cameroun et la Banque mondiale (BM) qui a apporté son appui technique et financier lors de la préparation et la validation du projet. L’idée est d’améliorer la productivité des systèmes sélectionnés de promotion en élevage.

Landry Kamdem, Stg

Justin Bomda

« Il faut éviter des projets montés par le passé et qui n’ont jamais obtenu de financement»

Le directeur exécutif de l’Association des banques communautaires suggère quelques éléments, permettant d’alléger le processus d’acquisition des fonds du Prodel auprès des EMF.  

Concernant le cas des EMF, Quels sont vos propositions pour renforcer l’accès aux fonds du Prodel ?

Notre suggestion c’est que le Prodel puisse prendre les conditions des EMF qui existent et les mettre à la disposition des Organisations des producteurs (OP). Ainsi, les OP qui ont donc des projets peuvent se rapprocher des EMF pour travailler. De cette manière, l’EMF pourrait déjà examiner les dossiers de l’OP ou bien l’idée du projet de l’OP et avoir déjà un avis favorable. Et ce, avant que l’OP ne soit accompagner auprès du Prodel pour suivre donc le processus de sélection. Ceci à l’avantage de donner plus de chance une fois le dossier sélectionné d’être financé. Deuxièmement, les EMF ont dans leur portefeuille de nombreux éleveurs, de nombreux OP d’élevage. Alors, il sera encore plus intéressant que chaque EMF propose ses OP dans son portefeuille ou bien les éleveurs dans le processus du Prodel. Les EMF les accompagnent dans le processus de sélection. L’idéal serait encore que ce soient ces EMF qui siègent au Comité régional de sélection pour accompagner l’OP et même apporter des éléments d’information. Parce qu’autrement, on pourra sélectionner le projet d’un éleveur au niveau de la commission du Comité régional et après pour que l’EMF le finance. Ceci permettrait d’éviter de perdre de l’argent et du temps.

Tous ces éléments que vous venez d’énumérer permettront d’éviter quoi ?

Ils permettront d’éviter des projets montés par le passé et jamais réalisés. Ils permettront d’éviter toutes ces lourdeurs constatées dans le processus d’acquisition des crédits de financement. Ils permettront d’éviter de perdre du temps et à la fin que l’OP ne soit pas financer. Puisqu’en fait la décision finale d’octroi de crédit revient à l’EMF. Ce sont les microfinances qui décident de donner ou de ne pas donner à la fin. Alors si elle est associée aux processus dès le début, ça facile les chances.

Pour l’accès à ces financements, ne faut-il pas craindre l’absence de certaines EMF dans certaines localités reculées ? 

Non. Je ne pense pas. En réalité, la chance au Cameroun c’est que toutes les régions du Cameroun sont couvertes par des EMF aujourd’hui. Dans toutes les localités, les OP peuvent identifier les EMF localement et travailler ensemble.

Est-ce que l’avantage concurrentiel de certaines EMF comme par exemple les taux d’intérêt ne va pas créer des embuches entre les EMF. Les clients voudront aller où les taux d’intérêt sont moins coûteux ?

Je crois que tout revient à l’Organisation des producteurs (OP), qui décident au départ de travailler avec un EMF. L’organisation des producteurs a déjà pris connaissance des conditions dans ces EMF. Et le Prodel, son rôle, c’est de présenter les différents EMF avec leurs conditions pour orienter les organisations des producteurs. Nous pensons que travailler avec cette collaboration entre l’EMF et l’OP au départ est capital. Et ce que soit cette EMF qui accompagne le producteur dans la défense de son dossier au niveau du Comité de sélection. L’idéal est d’associer l’EMF dès le départ.

Propos recueillis par Landry Kamdem, Stg