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Afrique centrale : La réglementation empêche les banques de financer l’investissement

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Les professionnels du secteur bancaire africain réunis à Douala dans le cadre de la 10ème session d’Africa Banking Forum, ont réfléchi  sur la gouvernance, la performance et la transformation du secteur bancaire en Afrique centrale.

« La réglementation empêche les banques de la sous-région de financer l’investissement ». Propos du président de l’Association des établissements de crédits du Cameroun (Apeccam). Alphonse Nafack s’exprimait ainsi à l’ouverture à l’ouverture (28 juin 2018) de la 10ème édition d’Africa Banking Forum, qu’abritait l’hôtel Akwa palace de Douala, sous le thème : « Banques d’Afrique centrale, entre gouvernance, performance et transformation ».  A en croire le président de l’Apeccam, le Cameroun, qui compte désormais 15 banques, ne parvient pas à profiter suffisamment des financements de ses projets de développement par le secteur bancaire. « La question qui mérite d’être posée c’est celle de savoir pourquoi le Cameroun ne compte-t-il que 15 banques. Eh bien, pour la simple raison que c’est la Cobac (Commission bancaire d’Afrique centrale) qui fixe les conditions d’accès à la profession.

Ce qu’il faut surtout noter c’est que les banques n’ont pas les moyens d’octroyer des crédits à l’investissement. Parce qu’elles seront confrontées aux ratios intelligemment fixés par la Cobac. Par ailleurs, pour créer une banque, il vous faut mobiliser la somme de 10 milliards de FCFA. Sur les six pays que compte la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), combien d’acteurs économiques sont capables de réunir cette somme pour ouvrir une banque ? Vous voyez qu’à ce niveau, la règlementation est stratégique, politique et économique », a-t-il indiqué.

D’après celui qui est également l’administrateur directeur général d’Afriland First Bank, les produits financiers qui arrivent sur le marché ne répondent pas aux besoins des populations. « Dans ce cas, comment voulez-vous que les banques locales financent l’investissement ou le développement ? », interroge Alphonse Nafack. Après 1990, le Cameroun a, apprend-on, vu émerger quelques banques locales qui soutiennent l’économie. Cependant, il a fallu attendre près de dix années pour voir émerger des produits qui commencent à cadrer avec  les besoins des populations. « Des produits qui ne prennent pas en compte la culture locale peuvent-ils aider à développer un pays ? Je ne pense pas », a-t-il déclaré, confiant que les ratios fixés par la Cobac réduisent la capacité des banques à financer l’investissement. C’est ce qui explique d’ailleurs l’accumulation des liquidités dans les banques, même s’il précise que le non-respect des engagements des clients envers les banques est à considérer parmi les facteurs à l’origine du faible financement des PME par les banques.

Face à une réglementation, qui n’encourage pas le financement du secteur productif, le président du Gicam, Célestin Tawamba, s’est demandé si les Etats de la sous-région ne peuvent-ils pas se doter d’un cadre réglementaire définitif qui tienne compte des besoins des PME locales. « Le rôle des banques, c’est de financer les entreprises. Et dans mon entreprise, le premier actionnaire c’est la banque. Le premier exposé a insisté sur le durcissement de la réglementation. Et je voudrais en profiter pour dire qu’en Afrique centrale, les textes qui existent excluent les PME. On nous parle de Bâle 3, mais ce qu’on ne nous dit pas c’est que ces réformes sont adaptées aux réalités occidentales. La question qui me préoccupe, c’est celle de savoir si on ne peut pas  mettre en place une réglementation définitive, qui permette d’aider au développement des PME », a-t-il souligné.

Joseph Roland Djotié