Accueil Grand angle Hydrocarbures: Pertes et profits du Cameroun dans le marché du gaz liquéfié

Hydrocarbures: Pertes et profits du Cameroun dans le marché du gaz liquéfié

150
0
Partager
Hydrocarbures

Pertes et profits du Cameroun dans le marché du gaz liquéfié

Au cours de l’année 2017, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a mis en place un plan d’exploitation des réserves gazières du Cameroun. L’option d’une infrastructure performante a été choisie afin de faciliter la mise en valeur de cette ressource naturelle. Selon les prévisions, il s’agira d’une formule de commercialisation du gaz liquéfié pour le marché international alors qu’une autre partie sera injectée dans le marché national sous forme de gaz. Le Quotidien de l’économie s’interroge sur l’apport de cette répartition pour la satisfaction des besoins des consommateurs locaux.
Par PIERRE NKA
 

1,2 million de tonnes de gaz camerounais se déporte sur le marché mondial

Suivant le schéma dessiné par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), à la fin du premier trimestre 2018, les premières tonnes de gaz naturel du Cameroun prendront la direction du marché international. Il s’agira d’une première pour la SNH qui était davantage connue par son implication dans l’exploitation du pétrole. Pour réussir son opération, une usine flottante est déjà visible à Kribi. Il s’agit du Hilli Episeyo. « Avec cette usine flottante, le Cameroun pourra bientôt commercialiser sur le marché international du gaz naturel liquéfié pour un volume de 1,2 million de tonnes par an » expliquait Adolphe Moudiki, l’administrateur directeur général dans le bulletin d’information d’entreprise d’octobre 2017.
Dans la pratique, le top management de la SNH explique que son infrastructure offre l’avantage d’amener les installations de liquéfaction de gaz directement au-dessus du champ gazier en mer, permettant ainsi d’éviter la construction de longs gazoducs sous-marins et d’importantes infrastructures à terre.  L’on apprendra aussi que ce dispositif favorise la mise en valeur des champs gaziers situés loin des rives à des coûts compétitifs.  En se lançant sur le marché international du gaz naturel liquéfié, la SNH se positionnera comme un fournisseur de plus dans sa sous région Afrique centrale et sur le plan continental. Car en Afrique centrale, notamment dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), le Gabon et la Guinée équatoriale nourrissent depuis fort longtemps d’importants projets gaziers.
Cas du Gabon et de la Guinée équatoriale
Au Gabon par exemple, les réserves ne justifient pas le développement de grands projets de gaz naturel liquéfié. C’est ainsi que, selon les analyses du cabinet Deloitte,  des préalables ont stimulé le marché du financement des projets gaziers gabonais. Le premier pilier réside dans le recours aux partenariats public-privé et la volonté de stimuler l’industrialisation du gaz à travers des grands projets sur financement des banquiers nationaux et des bailleurs de fonds internationaux. Au Gabon, le montage du projet d’exploitation de gaz naturel a permis de disposer de partenaires divers tels le coréen Samsung sur la raffinerie à Port-Gentil, Olam sur le projet Gabon Fertiliser Compagny, et l’israélien Telemanie pour la construction de nouvelles centrales à gaz pour le compte de l’Etat gabonais et destinées à produire de l’électricité pour le marché local. Dans ce dernier segment lié à la production de l’énergie, la SNH assure depuis quelques années la fourniture de gaz à la centrale thermique de Kribi. Suivant les statistiques, l’on apprend par exemple qu’au 30 septembre 2017, la SNH a répondu de manière favorable aux besoins de cette centrale thermique. Une hausse de 19,97% est d’ailleurs signalée dans l’alimentation de la centrale thermique de Kribi par rapport à l’année 2016.
Les majors du gaz naturel liquéfié
Le modèle d’exploitation du gaz naturel en Guinée équatoriale est aussi bien tourné vers le marché mondial que celui intra africain. S’ouvrant à la au commerce intracontinental, depuis le mois de septembre 2017, le Burkina Faso a signé un accord pour son approvisionnement en gaz à partir de la Guinée équatoriale. Des infrastructures sont en cours de construction afin de faciliter l’importation, le stockage et le transport du gaz entre les deux pays, l’un d’Afrique centrale et l’autre d’Afrique de l’Ouest. Si la destination du gaz naturel liquéfié du Cameroun n’est pas encore dévoilée à ce jour, la SNH a le mérite à travers son projet Hilli Episeyo d’inscrire le pays dans le club jusque-là fermé des pays exportateurs du gaz naturel liquéfié en Afrique.
Sur le continent, les majors de la production gazière sont constitués de l’Algérie, du Nigeria, de la Libye, de l’Egypte et de la Guinée équatoriale. A leur suite, l’on cite l’Angola, la Tanzanie et le Mozambique. Mais à l’échelle mondiale deux pays africains seulement figurent dans le Top 8 des pays qui exportent à eux seuls 83,5% du gaz naturel liquéfié dans le monde. Il s’agit du Nigeria qui représente 8,3% d’approvisionnement du marché mondiale. Ce pays d’Afrique de l’ouest est suivi par l’Algérie, 5% de part de marché de l’approvisionnement du gaz naturel liquéfié devant la Ruissie 4%. Les plus grandes productions de gaz naturel liquéfié viennent du Qatar 31,8% des exportations mondiales en 2015, l’Australie, 12% et la Malaisie 10,2%. L’on attend ainsi voir la place du Cameroun dans ce club de majors lorsque son usine flottante Hilli Episeyo fonctionnera en plein régime avec une production espérée de 2,4 millions de tonnes par an.
 

Les 30 000 tonnes de la SNH ne comblent pas le déficit de gaz domestique 

L’exportation du gaz naturel liquéfié du Cameroun ne se fera pas sans traces au niveau national. Au-delà des devises tirées de la vente à l’international, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) qui est aux derniers réglages au large de Kribi fournira du gaz domestique et le pétrole léger pour les ménages. De manière précise, il sera question de 30 000 tonnes de gaz domestique et de 1,8 million de barils de pétrole très léger à destination des ménages. Il s’agit d’un minima si l’on s’en tient au fait que la capacité réelle de liquéfaction du Hilli Episeyo, l’usine flottante est de 2,4 millions de tonnes. La première phase du projet ne produira que la moitié de cette capacité installée.
En injectant 30 000 tonnes de gaz domestique sur le marché national, cela apportera une bouffée d’oxygène face à la demande de plus en plus galopante au Cameroun. Selon les données officielles, la consommation du gaz domestique a connu une hausse de l’ordre de 5% en 2016. Cette augmentation de la demande s’observe d’ailleurs sur le marché national où l’on recense plus d’une douzaine de marques de bonbonnes de gaz domestique. En effet, à 2016, les Camerounais ont consommé 93 922 tonnes métriques de gaz domestique. Cette demande est largement au dessus de la production nationale de 2016. En effet, selon les données officielles, la production camerounaise de gaz domestique est estimée à 21 856 tonnes métriques en 2016. Et au sortir du quatrième trimestre 2016, l’on a observé des pics de consommation de gaz domestique de l’ordre de 5 662 tonnes métriques par rapport aux 4 587 tonnes métriques de 2015.  Cette situation est d’ailleurs justifiée si l’on considère la courbe de production du gaz domestique au cours des premiers mois de l’année 2016. En effet, sur les trois premiers trimestres de l’année 2016, la production de gaz domestique était de 16 194 tonnes métriques, en nette augmentation de l’ordre de 8,7% par rapport aux neufs premiers mois de l’année 2015.
Le Cameroun rate son autonomie énergétique
Avec une consommation annuelle d’environ 93 662 tonnes métriques et une production nationale d’à peine 21 856 tonnes par an, le Cameroun n’a de choix que l’importation du gaz domestique. La demande ira d’ailleurs grandissante au regard de l’importation des 440 000 bouteilles de gaz à usage domestique par le gouvernement en 2017. Sur cette base, l’offre de 30 000 tonnes de gaz de domestique de la SNH ne comblera pas le gap entre le niveau de production nationale et la demande réelle. Car s’il faut ajouter à la production nationale de 21 856 tonnes en 2016, l’offre de 30 000 tonnes de la SNH, l’offre nationale passera à 58 856 tonnes métriques de gaz domestique. Ce qui est encore loin des 93 662 tonnes de gaz nécessaires à l’alimentation des ménages en 2016. Ainsi, tout compte fait, si l’on prend pour référence l’année 2016, il faudra que le Cameroun importe encore 31 806 tonnes, soit l’équivalent de l’offre de gaz que le pays tire de son entrée dans le marché mondial du gaz naturel liquéfié.
Dans cette hypothèse, comment imaginer une baisse des prix du gaz domestique au Cameroun du fait de l’entrée de la SNH dans le marché mondial du gaz naturel liquéfié. Entre 2003 et 2018, le prix de la bonbonne de 12,5 kg n’a cessé de grimper. Elle est passée de 4 300 FCFA à 6 500 FCFA aujourd’hui. Afin de prévenir toute revendication, le gouvernement camerounais par la voix du ministre du Commerce a annoncé depuis l’importation des 440 000 bouteilles vides, un allègement du coût de la consigne dès le premier achat.Suivant les annonces du ministre, la bouteille vide de 12,5 kilogrammes à 14 000 FCFA au lieu de 17 500 FCFA, et celle de 6 kg à 10 400 FCFA au lieu de 12 500 FCFA. Sauf que cet allègement de l’emballage tarde à être une réalité dans les ménages.
Opportunités pour les entreprises
En ne privilégiant pas la satisfaction du marché national à partir de la production de la SNH, le gouvernement choisit donc la recherche de ressources financières supplémentaires dans un contexte de fluctuation des prix du pétrole. L’alternative est désormais vers le gaz au regard de son potentiel. Suivant les projections de la SNH, le Cameroun dispose d’une réserve estimée à 171,71 milliards de mètres cube. Et avec une production gazière de l’ordre de 12 612,52 millions de pieds cube, la SNH a obtenu un chiffre d’affaires gaz de 19,096 milliards FCFA en 2016. Le marché du gaz liquéfié étant d’ailleurs en plein essor pour l’ensemble des pays producteurs africains, l’entrée de la SNH dans ce marché mondial augure sans doute un bel avenir. Pour  Adolphe Moudiki, l’administrateur directeur général de la SNH « les efforts ainsi consentis porteront bientôt des fruits pour le Cameroun : outre des revenus substantiels pour le Trésor public, générées par les ventes d’hydrocarbures, et la production de gaz domestique, les retombées de cet important projet vont se traduire en termes d’emplois créés et d’opportunités d’affaires pour les entreprises nationales ».