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Le crowdfunding : une alternative au financement bancaire

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 Nombre de promoteurs ont recours aux campagnes de levées de fonds sur la toile pour soutenir leurs projets. Ce mode de financement consiste à présenter son projet sur une plateforme et de l’appuyer par une campagne de communication pour rallier le plus grand nombre d’investisseurs à sa cause. Le crowdfunding est donc la parade que les jeunes porteurs de projets ont trouvée pour pallier le difficile accès au financement des banques et la quasi-inexistence des business angels dans notre environnement. Même si ce modèle de financement comporte quelques risques, susceptible d’entraîner parfois la perte du contrôle de l’entreprise par le fondateur.

Par Ruben Tchounyabe

Financement

Le crowdfunding séduit les jeunes entrepreneurs

L’époque où les banques régnaient en maître absolu dans le financement de tout projet semble presque révolue. Le développement de l’internet est à l’origine d’un concept de financement révolutionnaire, en l’occurrence le crowdfunding. Un mode de financement participatif qui utilise la toile pour faire adhérer de nombreux internautes. En général, c’est pour répondre au financement très fermé des banques classiques que les porteurs de projets optent pour le crowdfunding. « Nous n’avions pas pu obtenir des financements auprès des banques et avons opté pour la collecte des fonds sur la toile », confie un promoteur. Pour lancer son concept touristique « Visiter l’Afrique », Diane Audrey Ngako n’est pas passée par quatre chemins. Elle a récolté pas moins de 17 000 euros à l’issue d’une campagne de levée des fonds, bien au-dessus des 15 000 euros préalablement recherchés. Ce fonds lui a notamment permis de développer une nouvelle version du site et d’organiser des événements sur le continent. L’un des plus importants financements obtenus au moyen du crowdfunding est celui de William Elong. Le promoteur de « Will and Brothers » a levé 124 millions de Fcfa en début d’année. « J’étais seul face à mon ordinateur avec la conviction que tout est possible. Au fil du temps, des gens au Cameroun et ailleurs ont décidé d’y croire et nous sommes devenus une grande famille », a réagi William Elong.

Finace-ensemble.org, Kiss Kiss bank, Kickstarter … des plateformes de crowdfunding se développent à travers le monde. Le principe est simple : poster son projet sur le site en question et convaincre une communauté d’investisseurs connectés. La campagne s’étale sur une période bien délimitée, avec un montant minimum à recouvrer. Au cas où les minima ne sont pas réalisés, l’argent récolté est redistribué entre les contributeurs. C’est le cas du projet de photothèque « Afroxel » qui n’a pu récolter les 10 000 euros prévus lors de sa campagne de crowdfunding l’an dernier. Pour éviter d’en arriver là, les promoteurs multiplient les stratégies pour rallier le plus grand nombre d’investisseurs à leurs causes. La plateforme de réseautage BtoB « Bmeet » s’est ainsi proposé de reverser 5% du montant récolté à une association engagée dans la scolarisation des enfants orphelins au Cameroun. Une astuce qui lui aura permis de gagner à peu près 5 000 euros à l’issue d’une campagne de crowdfunding initiée par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sur la toile en mars dernier.

Rien n’est choisi au hasard, que ce soit la plateforme, la date ou la période de récolte des fonds. « Nous avons choisi Kiss Kiss Bank car en Europe le site avait une bonne réputation et une vraie communauté bilingue, notamment à travers les réseaux sociaux, susceptible de nous soutenir », explique Diane Audrey. Et d’ajouter que « le lancement le 27 avril tombait trois jours avant la fin du mois, ce qui nous a permis de récolter très vite le financement ». Pour ce qui est de la période, Diane Audrey ne conseille pas d’étaler sa campagne sur 60 jours, « car ce long délai ne donne pas envie de contribuer directement ». Mettre l’accent sur le caractère social du projet n’est pas un argument négligeable pour attirer le plus d’investisseurs. « Oser l’Afrique », un collectif d’Africains de la diaspora en France avait misé sur cette astuce pour récolter 9 500 euros en décembre 2016. Les internautes ont manifesté beaucoup d’engouement pour ce projet qui consistait à mettre en place un incubateur d’entreprises dans la ville de Douala.

Des difficultés d’accès au financement

Le Dr Eloi Monkam est à la recherche de 13 millions de Fcfa pour faciliter l’accès aux médecins dans les pays en développement. Ce financement lui permettrait en effet de développer l’application « That health again » dont les utilisateurs pourront se servir pour contacter les médecins par appel vocal ou vidéo. Ce cas remet au goût du jour la question de l’accès au financement des projets, qui préoccupe les jeunes entrepreneurs, particulièrement les startups du numérique. « Personne n’investit dans les startups du numérique, les rares cas sont financés de l’extérieur », déplore Dominique Sodon, fondateur de Business analytics group, spécialisée dans l’analyse des données informatiques. Le système bancaire quant à lui impose des conditions difficiles à remplir. « Les banques ont du mal à octroyer des crédits à ces types de projets parce que leurs conditions ne sont pas adaptées aux réalités locales, le coût de fonctionnement est trop élevé et les jeunes promoteurs n’ont pas les garanties requises par les établissements financiers », explique Daniel Kalbassou, directeur général du Crédit du sahel. Entre autres garanties, la présentation d’un titre foncier.

A défaut de financement, les promoteurs se tournent donc vers le capital risque ou le financement participatif. Des modèles de financement qui pour certains acteurs, s’avèrent dangereux, pouvant entraîner parfois la perte du contrôle de l’entreprise par le fondateur. « Si rien n’est fait, on va se retrouver dans une situation où les entreprises numériques camerounaises sont financées uniquement par des étrangers », prévient le DG de Business Analytics Group. Au-delà du financement, l’on observe un manque d’accompagnement, notamment une fiscalité inadéquate. « Une startup du numérique n’a besoin que d’un ordinateur, d’un Smartphone et des cerveaux pour se constituer, alors qu’on lui demande le plan de localisation qui ne coûte pas moins de 500 000 Fcfa », regrette Théophile Abega Moussa. De plus l’exonération de la patente ne dépasse pas douze mois dans un environnement où la réussite est espérée à partir de la troisième année. Les initiatives, telles que développées par l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu, sont à saluer. Plusieurs entrepreneurs camerounais ont déjà bénéficié de l’appui du milliardaire. Ce qui est rare au Cameroun, alors que les business angels constituent une source de financement importante dans les pays développés.

 

Financement

Kerawa : un modèle de financement pour les startups

La startup derrière le site des petites annonces éponyme a réussi à lever des fonds à deux reprises en s’adressant à des business angels relevant de son domaine d’activité. Kerawa a réalisé un coup de force en rachetant en décembre dernier « leportail.ci », le site des petites annonces N°1 en Côte d’Ivoire. Ceci grâce à un financement estimé des millions de dollars issu d’un business angel britannique. Les raisons du succès de l’entreprise se trouvent dans son modèle de financement, selon Nino Njopkou, le directeur général de la startup. Son premier financement, dont le montant global s’élève à 200 000 Euros (environ 120 millions de FCFA), obtenu en 2015 auprès d’un investisseur français a permis à la startup d’ouvrir son premier bureau à Douala. Le deuxième financement dont le montant se compterait en million de dollars est issu d’un business angel britannique.

Kerawa n’a donc pas eu besoin de lancer une campagne de crowdfounding comme il est de tradition chez les jeunes entrepreneurs aujourd’hui. Sa première recette : cibler les investisseurs qui correspondent à son domaine d’activité. Ceux-ci ont l’avantage de bien connaître le secteur d’activité et peuvent comprendre l’enjeu d’investir dans la startup. « Sachant qu’ils font dans les mêmes domaines que le nôtre, c‘est facile pour eux d’investir dans notre domaine parce qu’ils peuvent suivre et comprendre ce qu’on fait », explique Arnaud Konam, le responsable commercial de Kerawa. Au-delà du financement, la startup pourra également bénéficier de sa compétence dans le domaine et de ses réseaux de contact. Ensuite, conseille Kerawa, il faut mettre en branle la stratégie commerciale, « tchatcher » le potentiel bailleur de fonds comme si on vend des services corporate. Par ailleurs, il faut entretenir de bonnes relations avec ses investisseurs. « Vous devez montrer que vous progressez même sans son financement, que vous avez de nouveaux services de jour en jour, que vous réalisez des chiffres d’affaires », précise le responsable commercial. Cela passe par la participation de l’entreprise aux événements et des grandes rencontres qui relèvent de son domaine.

Des recettes que Kerawa continue d’appliquer. Actuellement, l’entreprise qui compte environ 31 employés se déploie au Tchad et au Benin grâce à son deuxième financement, avec les mêmes ambitions. « Nous comptons rester n°1 sur ce marché (Côte d’Ivoire, Ndlr), avec les mêmes objectifs qu’au Cameroun : se faire connaître, se faire aimer et faire en sorte que les personnes qui sont à la recherche des véhicules aient le réflexe d’aller sur un des produits du groupe Kerawa », confie Nino Njopkou. La jeune équipe s’active au quotidien à apporter des innovations qui répondent aux besoins des clients, à l’instar de l’annonce VIP et la bannière web.

Crée en 2009, plus d’un million de visiteurs sont déjà accueillis sur la plateforme Kerawa qui contient plusieurs milliers d’annonces actives en permanence dans des catégories variées (automobile, immobilier, emploi, informatique, téléphonie, services). La startup Kerawa, propriétaire du site d’annonces kerawa.com a ainsi fini par se frayer une place dans l’univers du e-commerce au Cameroun et va déjà à la conquête du continent.